Depuis l'invasion russe de février 2022, l'opérateur postal privé ukrainien Nova Poshta est devenu un cordon ombilical entre les zones de guerre et les Ukrainiens réfugiés en Europe, acheminant 255 millions de colis au premier semestre 2026.
C'est le portrait que dresse rts.ch de cette société, qui rivalise désormais avec les grands acteurs internationaux du secteur malgré les frappes russes contre les infrastructures civiles ukrainiennes.
Qu'est-ce que Nova Poshta ?
Nova Poshta est une entreprise privée de messagerie et de logistique, fondée en Ukraine, qui s'est imposée comme le premier service de ce type du pays, selon l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Son responsable des affaires publiques, Dennis Bazilevych, résume la philosophie de l'entreprise d'une formule.
«Nous sommes les derniers à quitter une zone de guerre et les premiers à retourner dans les territoires reconquis», déclare-t-il à la télévision alémanique SRF.
Le groupe, dont la branche internationale s'appelle Nova Global, a suivi l'exil massif des Ukrainiens. Il est aujourd'hui déployé dans 17 pays membres de l'Union européenne et assure des liaisons en quelques jours. Un pli peut relier Kharkiv, ville sous la menace quotidienne des bombardements, à Vienne en à peine 48 heures.
255 millions de paquets en six mois
Avec un chiffre d'affaires supérieur au milliard d'euros, l'entreprise s'inscrit dans la cour des grands. Le volume d'envois illustre cette trajectoire hors norme.
«255 millions de paquets au premier semestre 2026», constate Dennis Bazilevych, un brin incrédule en consultant les statistiques sur son téléphone.
Cette cadence, parmi les plus rapides au monde, repose sur une numérisation avancée: tri robotisé, intelligence artificielle, bordereaux de transit entièrement dématérialisés et stricte harmonisation avec le cadre douanier européen. Les lourdeurs bureaucratiques et les contrôles aux frontières ont été réduits au strict minimum.
Un projet porté par la société civile et la diaspora
Le modèle de Nova Poshta est aussi une affaire de société civile. Les Ukrainiens, notamment ceux qui vivent à l'étranger, peuvent devenir partenaires en transformant leur magasin en bureau de poste ou en mettant leur voiture à disposition pour le transport.
À Vienne, près du Danube, une épicerie ukrainienne abrite ainsi un comptoir Nova Poshta. Anastassia, Ukrainienne de 25 ans, y travaille. Venue dans la capitale autrichienne pour étudier avant l'invasion, elle a rejoint l'entreprise pour subvenir à ses besoins.
Sur place, un couple d'Ukrainiens, Julia et Sergej, témoigne de la différence avec les postes européennes. «Il faut deux à trois jours pour envoyer un colis depuis ou vers les zones de guerre en Ukraine», explique Sergej, avant que sa femme n'ajoute que les services postaux allemands et autrichiens sont «chers et lents».
Marin de profession, Sergej garde une anecdote amère: un passeport envoyé depuis Rotterdam à sa femme à Vienne n'est jamais arrivé à destination. Il s'étonne aujourd'hui de la meilleure fiabilité du service postal ukrainien comparée à la poste néerlandaise.
Attaques russes et réorganisation en écosystème autonome
Depuis l'été 2026, la Russie mène des attaques massives contre les infrastructures civiles ukrainiennes. La logistique de Nova Poshta est régulièrement perturbée. En juin, l'un des centres de tri les plus modernes du groupe a été anéanti par des bombardements, rapporte Dennis Bazilevych.
Pour maintenir coûte que coûte la chaîne logistique, l'entreprise s'est réorganisée en un écosystème plus autonome. Autour de Nova Poshta gravitent désormais Nova Pay, sa branche financière, et Nova Energy, créée pour alimenter ses dépôts en électricité face aux coupures de courant chroniques. Cette filière s'est même ouverte au marché en fournissant du gazole à certaines entreprises ukrainiennes.
L'entreprise est allée plus loin encore: selon Paris Match, la plus grande société privée de messagerie d'Ukraine s'est dotée de sa propre défense antiaérienne et affirme avoir déjà détruit des drones russes visant ses installations. Le cofondateur de la maison mère, Viacheslav Klymov, a révélé cette capacité le 26 octobre, comme le rapporte UNITED24 Media, qui précise que le système a déjà abattu des drones Shahed.
Une leçon de résilience économique
Le cas Nova Poshta illustre une facette méconnue de la guerre en Ukraine: celle d'une économie privée qui s'adapte, se finance et se défend sans attendre l'État. Là où les monopoles publics européens peinent à livrer en trois jours, un opérateur né dans un pays en guerre boucle la liaison Kharkiv-Vienne en 48 heures.
La solidité du tissu économique ukrainien, portée par une diaspora mobilisée et des entrepreneurs résilients, constitue un argument de poids pour l'intégration européenne du pays. C'est aussi, pour les lecteurs suisses attachés à l'efficacité publique et à l'initiative privée, un rappel salutaire: la liberté d'entreprendre, même sous les bombes, reste un moteur de résistance.
Questions fréquentes
Combien de colis Nova Poshta a-t-elle livrés au premier semestre 2026 ?
255 millions de paquets, selon les statistiques de l'entreprise citées par Dennis Bazilevych, responsable des affaires publiques de Nova Global.
En combien de temps un colis relie-t-il Kharkiv à Vienne ?
En environ 48 heures, selon le reportage de la SRF repris par rts.ch.
Quelles attaques russes Nova Poshta a-t-elle subies ?
En juin 2026, l'un de ses centres de tri les plus modernes a été détruit par des bombardements russes, selon Dennis Bazilevych.
La société dispose-t-elle d'une défense antiaérienne propre ?
Oui, selon Paris Match et UNITED24 Media, qui rapportent que Nova Poshta a créé sa propre défense antiaérienne et abattu des drones Shahed visant ses installations.
