Légumes suisses sous pression: la canicule menace les prix et les récoltes
Les épisodes de canicule qui se multiplient cet été mettent à rude épreuve les producteurs de légumes en Suisse. Entre sécheresse, parasites et coûts d'irrigation explosifs, le spectre d'une flambée des prix plane sur les étals. Mais la situation reste contrastée selon les régions et les cultures.
Quels légumes souffrent le plus de la chaleur?
Thomas Wyssa, de l'Association des producteurs de légumes des cantons de Berne et Fribourg, tire la sonnette d'alarme:
«La laitue iceberg réagit extrêmement mal à la chaleur, elle pourrit et elle est actuellement invendable.»Les parasites, favorisés par la sécheresse, aggravent encore la donne. Selon lui, une hausse des prix est très probable pour les légumes qui parviendront encore dans les rayons.
Jürg Winkelmann, maraîcher à Gempenach (FR), confirme: la laitue, les pommes de terre, le maïs et les oignons sont particulièrement touchés. Les oignons ont en outre été endommagés par un orage, réduisant les rendements de moitié.
«Nous n'avons même pas la moitié des rendements attendus», déplore-t-il.
Comment les agriculteurs s'adaptent-ils?
Certains producteurs, comme Daniel Flühmann à Thörishaus (BE), bénéficient encore d'un accès suffisant à l'eau pour irriguer leurs champs.
«C'est un privilège», reconnaît-il.Mais il s'inquiète pour les cultures d'automne, anticipant des pertes et des baisses de rendement.
«Nous nous attendons à des pertes et à des baisses de rendement», prévient-il.
Au Biohof Rigi, dans le canton de Soleure, Léonie et Alexander Spänhauer cultivent une cinquantaine de variétés de légumes pour diversifier les risques.
«Cela aide à amortir un peu les risques. Il y a presque toujours quelque chose qui pousse bien – le cardon et les artichauts, par exemple, aiment la chaleur et sont relativement robustes face à la sécheresse», explique le couple.Mais les choux souffrent énormément. L'exploitation utilise l'irrigation au compte-gouttes pour économiser l'eau, un système efficace mais chronophage. Les pertes pourraient atteindre 50 000 à 100 000 francs.
Quels sont les coûts supplémentaires pour les producteurs?
Jürg Winkelmann doit se lever au milieu de la nuit pour arroser ses cultures.
«Je dois souvent me lever au milieu de la nuit pour arroser mes cultures», explique-t-il.De nombreuses variétés de légumes stoppent leur croissance au-dessus de 30 degrés.
«Sans eau, elles dépérissent complètement», ajoute-t-il.
Alexander Spänhauer critique par ailleurs la consommation d'eau des ménages privés:
«Cela m'énerve quand les gens arrosent leurs jardins avec des quantités d'eau énormes. Du coup, certains agriculteurs n'ont presque plus d'eau à disposition.»
Matija Nuic, directeur de l'Union maraîchère suisse, souligne le surcroît de travail:
«Les producteurs travaillent jour et nuit depuis des semaines pour pouvoir encore approvisionner les rayons en légumes. C'est pourquoi un prix plus élevé, dû aux coûts supplémentaires d'eau et de main-d'œuvre, est déjà plus que justifié aujourd'hui.»
Quelle est la situation chez les grands distributeurs?
Chez Migros, les effets sont encore peu perceptibles.
«Les prix de vente des fruits et légumes suisses se sont globalement maintenus à un niveau similaire à celui de l'année précédente», écrit la porte-parole Estelle Cruchet-Hain.L'impact de la canicule persistante ne peut pas encore être évalué de manière fiable.
Chez Coop, la porte-parole Kevin Blättler indique:
«L'évolution des prix dépendra de la suite de l'été et de la demande pendant la période des vacances.»La laitue iceberg reste disponible normalement grâce aux importations, mais la version bio est disponible de manière sporadique en quantité légèrement inférieure.
FAQ: Ce qu'il faut retenir
Les prix des légumes vont-ils forcément augmenter?
Pas nécessairement pour tous les produits. Si une hausse est probable pour le maïs et la laitue, la situation varie selon les cultures et les régions. Les importations permettent aussi de stabiliser certains prix.
Quels légumes sont les plus menacés?
La laitue iceberg, les pommes de terre, le maïs, les oignons et les choux sont les plus vulnérables. En revanche, le cardon et les artichauts résistent mieux à la chaleur.
Que font les agriculteurs pour limiter les dégâts?
Ils diversifient les cultures, utilisent l'irrigation au compte-gouttes et travaillent jour et nuit. Mais les coûts supplémentaires (électricité, main-d'œuvre) pèsent lourdement sur leurs marges.