Des hooligans fribourgeois ont agressé deux supporters lausannois sur le quai de la gare de Prilly-Malley samedi soir, vers 22h45, après le derby romand remporté 2-0 par le Lausanne HC face à Fribourg-Gottéron. Les victimes souffrent de traumatismes crâniens et d'hématomes, mais leur état s'est amélioré depuis, selon 20 Minuten.
L'affaire aurait pu tourner au drame. Et c'est, paradoxalement, grâce aux ultras du LHC que le pire a probablement été évité dans l'enceinte de la Vaudoise aréna, alors que le dispositif de sécurité a montré ses limites.
Ce qui s'est passé à la Vaudoise aréna
Au coup de sirène final, après la victoire des hommes de Geoff Ward face aux champions en titre, des affrontements ont éclaté dans la tribune située sous le «Bar des Lions», là où les supporters refont le match jusque tard dans la nuit. Des hooligans fribourgeois, semble-t-il renforcés par des Français et des Allemands, ont profité d'une brèche dans le dispositif de sécurité lausannois pour tenter d'attaquer les Vaudois encore présents dans l'enceinte.
Cette faille était connue et souvent signalée, rapporte 20 Minuten. Elle devrait enfin être corrigée prochainement. Un constat qui interroge : pourquoi attendre qu'un drame potentiel se produise pour colmater une brèche identifiée de longue date ?
Les ultras du LHC, qui fêtaient alors une victoire rare de leur équipe, se sont précipités pour défendre leur tribune, alors que des familles et des enfants se trouvaient à proximité. Ils ont réussi à contenir les visiteurs sous les gradins. Un Lausannois s'est même emparé d'un spray au poivre, en lieu et place des agents de sécurité, pour tenir les fauteurs de troubles à distance.
L'agression de la gare de Prilly-Malley
Frustrés de n'avoir pas réussi à en découdre à l'intérieur de la patinoire, les hooligans en déplacement ont trouvé le moyen de descendre de leur car avant de s'attaquer aux fans du LHC qui patientaient sur le quai. La RTS rapporte que les deux victimes ont été grièvement blessées et volées, avant que leurs agresseurs ne prennent la fuite à l'arrivée de la police.
Le journal 24 heures confirme que d'autres supporters qui attendaient les trains ont également été pris pour cible sur le quai. Blick précise que la police vaudoise qualifie les assaillants «d'ultras fribourgeois».
Des lacunes dans la réponse des forces de l'ordre
Reste la question la plus embarrassante : pourquoi, alors que la police était très présente à la Vaudoise aréna ce soir-là, personne n'est intervenu pour s'interposer ? Selon 20 Minuten, on a croisé des dizaines de policiers à l'étage supérieur de la patinoire durant la rencontre.
Les forces de l'ordre n'ont pas pu non plus compter sur la vidéosurveillance de la gare de Prilly-Malley pour identifier les coupables. Il n'y a tout simplement pas de caméras sur ces quais, un constat que les journalistes ont pu faire eux-mêmes. C'est pour cette raison que la police a demandé aux médias leurs sources, une pratique inhabituelle qui en dit long sur l'impasse investigative.
L'accompagnement des cars fribourgeois aurait également été sous-estimé et n'aurait pas été au niveau requis. Le «Scan ID», dispositif d'identification des supporters à risque, a été remplacé par une simple charte il y a quelques mois. Après avoir été respectée à plusieurs reprises par les Fribourgeois, elle ne l'aurait pas été cette fois. Avec Gottéron, les incidents s'accumulent, et La Liberté relève que ces ultras ont déjà semé le chaos par le passé.
Le modèle suisse de sécurité publique mis à l'épreuve
Cette affaire pose une question de gouvernance que la Suisse romande ne peut éluder. La sécurité dans les enceintes sportives repose sur un équilibre entre la responsabilité des clubs, celle des privés chargés du stewarding et celle de la police cantonale. Samedi soir, cet équilibre a failli, et ce sont des supporters, eux-mêmes hors de tout cadre légal, qui ont comblé le vide.
On ne saurait s'en réjouir. Quand des civils s'improvisent forces de l'ordre avec du spray au poivre, c'est le signe qu'une chaîne de responsabilité a lâché quelque part. La délégation de la sécurité à des acteurs privés a des limites que le droit doit encadrer plus strictement.
La transparence est l'autre victime collatérale de ce dysfonctionnement. Une gare sans caméras, des agresseurs non identifiés, une police contrainte de mendier des sources auprès de la presse : le citoyen est en droit de demander des comptes. Les clubs de hockey génèrent des revenus considérables ; ils peuvent et doivent financer les dispositifs de sécurité qui protègent leurs propres spectateurs.
Le canton de Vaud a annoncé que la faille de la Vaudoise aréna serait corrigée. Reste à savoir si la gare de Prilly-Malley sera équipée de caméras et si la charte remplacée au Scan ID sera réévaluée. Les deux victimes, elles, attendent toujours que les coupables soient identifiés.
Questions fréquentes
Quand les violences après LHC-Fribourg ont-elles eu lieu ?
Elles se sont produites samedi soir, après le match remporté 2-0 par le Lausanne HC, l'agression de la gare survenant vers 22h45.
Combien de personnes ont été blessées à la gare de Prilly-Malley ?
Deux supporters lausannois ont été grièvement blessés et volés, souffrant de traumatismes crâniens et d'hématomes. Leur état s'est depuis amélioré.
Pourquoi la police n'a-t-elle pas identifié les agresseurs ?
La gare de Prilly-Malley ne dispose d'aucune caméra de vidéosurveillance sur ses quais, ce qui a empêché toute identification par images.
Qui a empêché l'envahissement de la patinoire ?
Les ultras du LHC ont contenu les hooligans fribourgeois sous les gradins, comblant l'absence des agents de sécurité.
