Le Club alpin suisse (CAS) avertit que 65 de ses 152 cabanes se trouvent dans des zones de permafrost menacées par le dégel. Révélé le 23 octobre 2026 par un reportage de la RTS dans l'émission Temps Présent, le constat impose au club des investissements de six à sept millions de francs par an.
La montagne suisse se disloque sous nos pieds, et les chiffres donnent le vertige. Selon rts.ch, près de la moitié du patrimoine bâti du CAS est exposé à des mouvements de terrain, des chutes de pierres et des coulées de boue qui rendent certains accès dangereux. Le réchauffement n'est plus une projection: il frappe déjà les murs.
La cabane du Mutthorn, symbole d'une montagne qui s'effondre
Dans l'Oberland bernois, la cabane du Mutthorn est fermée depuis 2021. Les fissures causées par le dégel du permafrost menacent d'effondrer le bâtiment.
«On savait que cette cabane ne tiendrait sans doute pas encore cent ans. Mais qu'elle s'effondre aussi vite, ça nous a fait peur», explique Fabienne Notter, présidente de la section Weissenstein du CAS.
Le mécanisme est bien documenté. Le permafrost cimente la roche; en fondant, l'eau s'infiltre dans les fissures et fragilise les parois. Au-dessus du Mutthorn, une fissure mesurait 70 centimètres en 2007. Elle atteint aujourd'hui près d'un mètre et demi.
«On ne peut pas prédire ce qui va tomber ni quand. Mais une chose est sûre: ça va s'écrouler», estime Nils Hählen, responsable des dangers naturels du canton de Berne.
Reconstruire plus haut, mais à quel prix?
Le CAS a fait le choix pragmatique: déplacer plutôt que condamner. Une nouvelle cabane du Mutthorn, inaugurée en juin 2026, a été bâtie à moins d'un kilomètre de l'ancienne, sur une roche jugée stable et moins exposée aux avalanches.
La facture est salée: quatre millions de francs pour le nouveau bâtiment, 400'000 francs pour le démantèlement de l'ancien, et près de 700 vols d'hélicoptère pour acheminer le chantier en altitude. Deux tiers des membres de la section ont approuvé le projet, non sans critiques internes.
Les glaciers reculent, les cabanes dominent le vide
À la cabane Konkordia, dans le massif de l'Aletsch, le glacier ne passe plus sous les fenêtres. Les visiteurs doivent désormais gravir plus de 500 marches pour l'atteindre. La cabane se trouvait autrefois à 50 mètres au-dessus du glacier; elle le domine aujourd'hui de 300 mètres.
Le glacier d'Aletsch perd quatre à six mètres d'épaisseur par an. L'escalier doit être prolongé tous les deux ou trois ans, pour environ 50'000 francs par intervention.
L'eau, elle aussi, se raréfie. La Konkordia récupère les eaux de fonte dans un réservoir de 70'000 litres, qui couvre près de 6000 nuitées. «Quand il n'y a plus d'eau de fonte, il faut que l'eau disponible dure jusqu'au mois de mai suivant», résume Christoph Sager, responsable de la cabane.
Un défi financier qui dépasse le CAS
La cabane de Trift a été détruite par une avalanche en 2021. La fonte du glacier avait modifié le relief et élargi la zone de déclenchement. Le nouveau bâtiment, déplacé d'un kilomètre, coûte cinq millions de francs.
Selon le CAS, l'adaptation de l'ensemble du parc nécessitera six à sept millions de francs par an. Le club, qui vit de cotisations et de nuitées, cherche de nouvelles sources de financement. La question mérite un débat public: ces cabanes ne sont pas de simples gîtes, elles constituent une infrastructure de sécurité et un patrimoine alpin, comme le rappelle également 24 heures.
À l'avenir, certaines cabanes pourraient être déplacées, simplifiées ou rendues mobiles. «La rapidité des changements nous surprend et nous rattrape», constate Hanspeter Bürgi, président de la commission des cabanes du CAS.
La nouvelle cabane du Mutthorn a permis au CAS de retrouver ses 152 cabanes. Ce nombre ne restera probablement pas stable. La montagne, elle, ne négocie pas.
Questions fréquentes
Combien de cabanes du Club alpin suisse sont menacées?
Sur les 152 cabanes du CAS, 65 se trouvent dans des zones de permafrost potentiellement menacées par le dégel, selon un reportage de la RTS diffusé en octobre 2026.
Quels coûts d'adaptation le CAS prévoit-il?
Le club estime que l'adaptation de ses cabanes au changement climatique nécessitera six à sept millions de francs par an, sans compter les chantiers exceptionnels comme le Mutthorn (quatre millions) ou Trift (cinq millions).
Pourquoi le dégel du permafrost menace-t-il les bâtiments?
Le permafrost stabilise la roche. Sa fonte laisse l'eau s'infiltrer dans les fissures, qui s'élargissent et fragilisent les constructions et les accès, jusqu'à l'effondrement.
