La Direction générale de l'enfance et de la jeunesse (DGEJ) du canton de Vaud traverse une crise interne que une enquête de la RTS a rendue publique le 22 octobre 2026. Sa directrice, Manon Schick, est visée par des critiques de son propre personnel et du syndicat SSP, qui dénoncent une gouvernance verticale et des départs en série de cadres expérimentés.
Le service, fort d'environ 340 collaborateurs, suit actuellement près de 8500 enfants dans des situations toujours plus complexes. Les enjeux dépassent donc largement une simple querelle de personnes.
Des départs qui inquiètent
Le point de départ est un départ abrupt: en avril 2026, Frédéric Vuissod, directeur général adjoint, quittait ses fonctions après une vingtaine d'années au service de la protection des mineurs. Quelques mois plus tôt, un autre cadre était parti du jour au lendemain. Départ volontaire ou licenciement? Aucun commentaire des intéressés ni de la direction.
Selon des sources internes citées par la RTS, de vives tensions avec Manon Schick sur la conduite du service seraient à l'origine de ces ruptures. Le syndicat SSP, qui alerte depuis près de deux ans le Département de la jeunesse, de l'environnement et de la sécurité (DJES), ne mâche pas ses mots.
«Nous constatons une gouvernance qui est extrêmement verticale, avec peu ou pas de consultation du terrain», relève Letizia Pizzolato, secrétaire syndicale du SSP Région Vaud.
«On a des décisions qui arrivent d'en haut, avec des professionnels qui ne sont pas consultés, sans aucune place laissée à la contradiction», ajoute-t-elle.
Décisions déconnectées du terrain
Le syndicat décrit un climat dégradé. Lors de récents contacts avec les équipes, le SSP a constaté que si le personnel reste attaché à ses missions et à sa hiérarchie de proximité, la confiance dans la gouvernance s'effrite. «On voit apparaître de la peur et de la colère», s'inquiète Letizia Pizzolato. Lors de l'enquête, plusieurs personnes ont refusé de s'exprimer par peur de représailles.
La secrétaire syndicale pointe aussi le coût de ces dysfonctionnements pour les enfants eux-mêmes.
«Devoir consacrer du temps à lutter contre des décisions qui sont inadéquates, qui sont au mieux inutiles, au pire qui menacent le bon suivi des missions, c'est du temps qui ne peut pas être consacré aux familles, aux enfants, dans un contexte où les outils et les moyens manquent», s'indigne-t-elle.
Un baromètre qui fâche
Après le départ de Frédéric Vuissod, le Département a commandé une analyse de la gouvernance et un sondage anonyme auprès du personnel de la DGEJ, menés tambour battant durant l'été. Leurs résultats opposent frontalement le syndicat et les autorités.
Pour le SSP, l'analyse corrobore ses constats: rôles et responsabilités insuffisamment explicites, circuits de décision peu lisibles, fonctionnement en silos, difficultés de circulation de l'information. Dans un courrier adressé en septembre 2026 au conseiller d'Etat Vassilis Venizelos, Letizia Pizzolato relève également les «mauvais scores» du baromètre sur le pilotage et le fonctionnement transversal. Autant de points négatifs imputables à Manon Schick, selon le syndicat.
Manon Schick se défend
Contactée par la RTS, la directrice se dit à l'écoute des critiques, tout en refusant d'endosser seule les difficultés du service.
«Je sais qu'il y a beaucoup d'attentes, et parfois des insatisfactions autour de la protection de l'enfance qui est une politique publique sensible et complexe», écrit-elle dans un email transmis à la RTS.
«Mais il serait réducteur de résumer le pilotage de la DGEJ à une seule personne: la direction travaille à faire évoluer la gouvernance du service, en lien avec le Département et en associant étroitement les cadres et le personnel», insiste-t-elle.
Invitée dans l'émission Forum, Manon Schick a reconnu des «décisions qui ne sont pas comprises», citant notamment la création d'une entité chargée de prioriser les placements d'enfants, mal perçue par les autres unités. «Il y a une communication déficiente, pas seulement de la direction vers les entités, mais vraiment aussi des entités entre elles», a-t-elle observé.
Venizelos maintient sa confiance
Le chef du DJES, Vassilis Venizelos, apporte à sa directrice un «soutien solide» et sa «pleine confiance». «Depuis 2020, elle a su mener d'importants chantiers dans un contexte difficile», indique une porte-parole du Département, qui estime que la Cour des comptes, l'analyse de gouvernance et le baromètre constatent «une amélioration continue du service» tout en relevant des points de vigilance.
Sur le front de la surcharge de travail, le Département affirme avoir augmenté de 80 millions de francs le budget de la DGEJ, réduit le nombre de dossiers par assistant social et revalorisé les salaires. Une réforme de la gouvernance vient d'être lancée, avec un nouvel organigramme et des groupes de travail où «le personnel pourra s'impliquer».
Le SSP reste sceptique: Manon Schick se retrouve à piloter une réforme censée corriger les dysfonctionnements de sa propre direction. Rappelons enfin qu'un rapport de la Cour des comptes vaudoise, publié en décembre 2025, avait déjà relevé des problèmes latents dans la prise de décision, les contrôles et le suivi de la gravité des situations. Le débat sur la gouvernance de la DGEJ n'est donc pas nouveau; il reste à savoir si la réforme en cours suffira à rétablir la confiance du terrain.
Questions fréquentes
Qui dirige la protection des mineurs dans le canton de Vaud?
Manon Schick dirige la Direction générale de l'enfance et de la jeunesse (DGEJ), qui emploie environ 340 personnes et suit près de 8500 enfants. Elle bénéficie de la confiance du conseiller d'Etat Vassilis Venizelos.
Quelles sont les critiques formulées contre Manon Schick?
Le syndicat SSP dénonce une gouvernance trop verticale, des décisions prises sans consultation du terrain et des départs inquiétants de cadres supérieurs. Un baromètre interne a relevé de mauvais scores sur le pilotage du service.
Quelles mesures le canton de Vaud a-t-il annoncées?
Le Département a lancé une réforme de la gouvernance avec un nouvel organigramme, des postes redéfinis et des groupes de travail. Il souligne aussi une hausse de 80 millions de francs du budget de la DGEJ.
