Il y a vingt-cinq ans jour pour jour, le 24 octobre 2001, onze personnes mouraient dans l'incendie du tunnel routier du Gothard, déclenché par une collision entre deux camions. Le drame, le quatrième incendie mortel dans un tunnel alpin en deux ans et demi, a contraint la Suisse à repenser en profondeur la sécurité de ses infrastructures.
Comme le relate la rétrospective de la RTS, la catastrophe a aussi révélé une faille embarrassante : la ventilation du tube, inauguré en 1980, a nourri le brasier au lieu de l'étouffer. L'État fédéral a réagi, à coups de normes, de contrôles et de centaines de milliers de francs investis dans les tunnels alpins. Bilan d'un quart de siècle de rattrapage.
Comment l'accident est-il survenu ?
Vers 9h30, ce matin-là, un camion belge pénètre dans la galerie côté sud, en provenance d'Italie. Au volant, un chauffeur turc travaillant en Belgique avec un visa de touriste, en état d'ébriété. À l'intérieur du tube, il peine à tenir sa ligne. Un kilomètre après l'entrée, il heurte la paroi puis se déporte sur la voie opposée.
Un camionneur italien arrive en sens inverse, freine et évite la collision frontale, mais pas le choc latéral. Le camion belge roule à 40 km/h, l'italien à 10 km/h. Un réservoir se fend, le diesel s'échappe, un court-circuit survient sur un câble électrique endommagé. L'embrasement est immédiat, alimenté par les marchandises des deux poids lourds, dont des centaines de pneus.
La fumée rend toute visibilité impossible. La température grimpe jusqu'à 1200 degrés. Dix personnes meurent asphyxiées, une onzième brûlée. Le plafond du tunnel s'effondre partiellement sous l'effet de la chaleur. Le chauffeur turc figure parmi les victimes ; son corps a été retrouvé à 300 mètres du point d'impact.
Le chauffeur italien, lui, survit. Il sera distingué pour avoir sauvé de nombreuses vies en faisant immédiatement reculer les véhicules derrière lui. Un sang-froid qui a évité le pire.
Une ventilation devenue « complice » du drame
L'enquête a établi un fait accablant : le système de ventilation a attisé l'incendie plutôt que d'évacuer la fumée. Le tunnel routier du Gothard, pilier du transit alpin suisse, était moins sûr qu'on ne le croyait. Selon FR.de, ce sont précisément les travaux sur la ventilation, depuis lors, qui ont marqué la principale amélioration du dispositif.
Les conséquences ont été immédiates. Le tube a fermé deux mois pour réparations. Puis, pendant neuf mois, les camions ont dû circuler en trafic alterné, générant d'interminables colonnes d'attente aux deux portails. Cette mesure a été levée en automne 2002, mais le nombre de véhicules autorisés par heure reste limité depuis.
Ce qui a changé depuis 2001
Le Gothard d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celui de 2001. Nouvelle ventilation, éclairage renforcé, signalisation revue. Des centres de contrôle des poids lourds ont été installés au Tessin et dans les terres uranaises pour empêcher les camions dangereux d'entrer dans la galerie. Des portails thermiques détectent désormais les véhicules en surchauffe avant qu'ils ne s'engagent.
Ce renforcement s'inscrit dans un mouvement alpin plus large. La série noire avait commencé en mars 1999 au Mont Blanc, avec 39 morts, puis au tunnel autrichien des Tauern deux mois plus tard, avec 12 victimes. En 2000, l'incendie d'un tunnel de funiculaire au-dessus de Kaprun faisait 150 morts. Le Südkurier rappelle que cette succession de drames a durablement reprécuté la question de la sécurité en tunnel dans toute l'arc alpin.
2033 : la fin du trafic bidirectionnel
La prochaine étape est déjà en chantier. Un deuxième tube est en cours de percement, avec une inauguration prévue en 2030. L'ancienne galerie sera ensuite assainie pendant trois ans. Dès 2033, le trafic bidirectionnel disparaîtra au profit d'une circulation unidirectionnelle par tube, sans piste de dépassement.
C'est une réponse structurelle au problème posé en 2001 : le croisement de poids lourds dans une galerie étroite restait le maillon faible du dispositif. La Badische Zeitung note que la question de la sécurité en tunnel reste débattue au-delà de la Suisse, notamment chez les automobilistes allemands.
Reste une interrogation légitime pour le contribuable et l'usager : vingt-cinq ans et plusieurs centaines de milliers de francs investis ont corrigé les erreurs du passé. La seconde galerie doit, elle, empêcher qu'un défaut de conception ne se paie à nouveau en vies humaines.
Questions fréquentes
Combien de morts a fait l'incendie du tunnel du Gothard ?
Onze personnes ont péri le 24 octobre 2001 : dix asphyxiées et une brûlée, selon l'enquête relatée par la RTS.
Quand le second tube du Gothard sera-t-il ouvert ?
Son inauguration est prévue en 2030. Après trois ans d'assainissement de l'ancien tube, la circulation unidirectionnelle par galerie s'appliquera dès 2033.
La ventilation du tunnel a-t-elle joué un rôle dans la catastrophe ?
Oui. L'enquête a révélé que la ventilation a alimenté l'incendie au lieu d'évacuer la fumée, ce qui a motivé son remplacement complet.
