Violence politique: analyse comparative des menaces d'ultradroite et d'ultragauche
La mort tragique de Quentin Deranque à Lyon, militant d'extrême droite lynché par des activistes d'ultragauche, soulève des questions fondamentales sur les dynamiques de violence politique en France. Cette tragédie invite à une analyse rigoureuse des phénomènes extrémistes qui menacent l'ordre démocratique.
Surveillance et données chiffrées
Les services de renseignement français surveillent actuellement 3.000 militants d'ultradroite, dont 1.300 fichés S, contre 2.000 à 2.500 personnes pour l'ultragauche. Cette différence numérique reflète une préoccupation sécuritaire croissante concernant la menace d'extrême droite.
Selon l'étude dirigée par Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l'université Paris-1, les statistiques de violence létale sont éloquentes: 60 morts imputables à l'ultradroite entre 1986 et 2026, contre six à l'ultragauche. Ces données, issues de l'ouvrage "Violences politiques en France" (Presses de Sciences Po, 2021), établissent un critère strict: seules les violences à motivation politique explicite sont comptabilisées.
Modes opératoires distincts
Xavier Crettiez, professeur à Sciences Po, synthétise cette différence: "L'ultradroite cogne quand l'ultragauche détruit". L'ultragauche privilégie les dégradations matérielles, ciblant des biens symbolisant l'État ou le capitalisme, utilisant notamment la "technique Black Bloc". Ses actions visent davantage à perturber l'ordre public qu'à s'attaquer directement aux personnes.
À l'inverse, l'ultradroite pratique des violences "altérophobes" dirigées contre des individus "non pas pour ce qu'ils font mais pour ce qu'ils sont": minorités raciales, homosexuels, ou personnes ciblées pour leur religion, particulièrement l'islam aujourd'hui.
Menace terroriste émergente
Le Parquet national antiterrorisme (Pnat) constate "la montée en puissance de la menace d'ultradroite", réapparue depuis 2015. L'année 2025 a marqué un tournant avec le premier attentat terroriste abouti de cette mouvance à Puget-sur-Argens et trois projets déjoués. Au total, 12 projets terroristes d'ultradroite ont été neutralisés, dont 10 par la DGSI.
Cette menace s'appuie sur une idéologie hétérogène incluant néofascistes, suprémacistes blancs, accélérationnistes, complotistes et "incels". Les services observent un "renouveau militant depuis 2020" et un "rajeunissement" des activistes, souvent fascinés par l'ultraviolence.
Convergences inquiétantes
Malgré leurs différences idéologiques, ultradroite et ultragauche partagent des "ressorts communs" préoccupants: une conviction que "le monde court à sa perte", une défiance envers les autorités et l'urgence d'agir rapidement.
Le rapport parlementaire de 2023 sur l'activisme violent met en garde contre les "tenants de la mouvance accélérationniste", dont l'objectif est de "lancer des attentats pour forcer la main à une guerre de civilisation".
Perspective historique nécessaire
Toutefois, il convient de relativiser la perception d'une société en voie de brutalisation. Comme le souligne le député Jérémie Iordanoff, coauteur du rapport parlementaire: "Si l'on peut avoir le sentiment que la société actuelle est violente, elle l'est globalement moins qu'avant tout en étant plus visible".
Cette analyse appelle à une vigilance démocratique renforcée, sans céder à l'alarmisme, pour préserver les institutions républicaines et l'État de droit face aux dérives extrémistes.