Porte-à-porte des ONG : des pratiques qui interrogent en Suisse romande
Le démarchage à domicile par des ONG suscite un malaise croissant en Suisse romande. Plusieurs témoignages évoquent des approches intrusives, parfois trompeuses, tandis que les organisations défendent une activité encadrée et nécessaire. Entre pression commerciale et quête de transparence, la question mérite un débat citoyen.
Des témoignages de démarcheurs jugés trop insistants
Emilie, domiciliée dans la Glâne, raconte une expérience vécue en avril dernier. Alors qu'elle déchargeait sa voiture, un homme s'est approché avec un calepin pour lui parler de Pro Natura. Elle lui a expliqué qu'elle ne pouvait pas prendre de décision financière sur le moment, mais qu'il pouvait repasser un autre jour. Le soir même, son conjoint a signé un engagement de 300 francs par an, le démarcheur affirmant qu'Emilie avait donné son accord. Ce n'était pas le cas.
Contactée, Pro Natura indique que ce cas n'est pas conforme à son code de conduite strict et qu'il ne correspond ni à ses pratiques ni à ses valeurs. L'organisation a transmis le signalement à son partenaire pour éviter que la situation ne se reproduise.
Un malaise partagé par plusieurs donatrices
D'autres habitants décrivent des échanges engagés dans des contextes peu propices à une décision éclairée. Le tutoiement immédiat est souvent mal perçu, et certains démarcheurs insistent malgré un refus manifeste. Anne, ancienne donatrice de Médecins Sans Frontières, a suspendu ses versements après avoir été démarchée à plusieurs reprises. Elle évoque un ton faussement familier et une insistance persistante, un sentiment d'avoir affaire à des vendeurs plutôt qu'à des représentants d'une cause.
MSF se dit conscient que le porte-à-porte peut être perçu comme intrusif, mais assure que ses équipes sont formées à une approche respectueuse et non insistante. Helvetas reconnaît recevoir des plaintes, notamment lorsque le ton devient trop direct, mais estime que ces situations surviennent souvent lorsque le donateur change d'avis et cherche un prétexte pour résilier.
Un système de quotas sous pression
Julien, qui a travaillé comme dialogueur en 2021 et 2024, décrit un système axé sur la performance. Les quotas hebdomadaires ou mensuels sont stricts, et une personne qui ne les atteint pas peut être licenciée du jour au lendemain. La formation est courte, environ une demi-journée, avant d'être envoyé sur le terrain en binôme. La pression des objectifs peut inciter certains à omettre des informations sur la nature des engagements ou les modalités des dons.
Julien nuance toutefois : il existe aussi des vendeurs honnêtes qui font bien leur travail. La question tient surtout à l'encadrement global et au système de quotas.
Une rémunération liée aux performances
La plupart des ONG externalisent la collecte à des entreprises privées comme Corris, Wesser und Partner ou Lazoona. Ces sociétés recrutent et forment les dialogueurs, souvent des étudiants. Lazoona indique un forfait de 210 francs par jour, plus 15 francs de frais et un logement pris en charge. Des bonus peuvent atteindre 200 francs par jour en cas de bonne performance.
Une méthode jugée nécessaire par les ONG
Le porte-à-porte a pris de l'ampleur après la pandémie pour compenser le recul des dons récoltés dans la rue ou lors d'événements publics. Les ONG soulignent que le dialogue direct à la porte reste la méthode la plus efficace pour obtenir un soutien durable, comparé au courrier, jugé coûteux et peu écologique. Elles rappellent leur dépendance aux contributions annuelles de leurs membres.
La question demeure : comment concilier efficacité de la collecte et respect des citoyens ? Le débat est ouvert, et il appartient à la société civile de veiller à ce que les pratiques restent éthiques et transparentes.