Justice vaudoise: enquête ouverte après une conférence d'extrême droite
Le Ministère public vaudois a ouvert une instruction pénale après la diffusion sur les réseaux sociaux d'une conférence d'extrême droite organisée cet été dans le canton de Vaud. Certains propos tenus lors de cette réunion pourraient tomber sous le coup de la norme pénale antiraciste, a appris la RTS.
L'instruction a été ouverte le 18 septembre, quelques jours après les révélations du Pôle Enquête de la RTS sur le contenu de cette conférence et son succès sur internet.
Une conférence aux propos antisémites
Intitulée «Quel avenir pour l'Europe blanche» et organisée en catimini à la mi-juillet dans le Gros-de-Vaud, la réunion a ensuite été diffusée sur les réseaux sociaux de l'organisateur, le groupuscule nationaliste romand Résistance Helvétique. La vidéo la plus plébiscitée dépasse les 25'000 vues, un succès porté par des discours flirtant ouvertement avec l'antisémitisme.
Des propos examinés par la justice
Parmi les propos examinés par la justice vaudoise figure notamment celui d'un intervenant qui a qualifié de «judéo-serviles» les enfants conduits au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau ou au Mémorial de la Shoah dans le cadre de visites scolaires.
Sollicitée par la RTS, la Commission fédérale contre le racisme avait estimé que certaines affirmations assénées lors de cette réunion pourraient relever de l'article 261bis du Code pénal. Il punit notamment la discrimination ainsi que l'incitation à la haine. Cette disposition prévoit une peine privative de liberté de trois ans au plus ou une peine pécuniaire. La justice vaudoise partage cette appréciation.
«Des soupçons d'infractions»
«La qualification juridique exacte des faits reprochés est à l'examen, mais l'ouverture se fonde à ce stade sur des soupçons d'infractions à l'art. 261bis CP. En l'état, l'examen porte encore sur la détermination des personnes qui pourraient s'être rendues coupables de l'infraction précitée, notamment parmi les organisateurs et/ou les orateurs», a détaillé à la RTS Eric Kaltenrieder, le procureur général du canton de Vaud.
Parmi les orateurs de cette conférence, Jérôme Bourbon et Vincent Reynouard, deux figures françaises du révisionnisme. Tous deux ont été condamnés à de multiples reprises dans leur pays, notamment pour contestation de crimes contre l'humanité. Sollicités par la RTS pour réagir à l'ouverture de cette enquête pénale, ils n'ont pas répondu sur ce point, pas plus que l'organisateur de l'événement, Résistance Helvétique.
Une nouvelle conférence interdite
Jérôme Bourbon, directeur de l'hebdomadaire Rivarol créé en 1951 par les nostalgiques de la collaboration, a relativisé la portée de ses propos et contesté le travail du Pôle enquête de la RTS dans la dernière édition de son journal. Le second, Vincent Reynouard, comptait participer à une nouvelle conférence le 19 septembre à Toulouse. L'événement a toutefois été interdit par la préfecture de la Haute-Garonne.
Dans un arrêté étendant cette interdiction à l'ensemble du département, elle a justifié sa décision par l'existence de «risques sérieux pour que des propos à caractère antisémite et négationniste soient tenus». En France, de tels propos peuvent, selon leur nature et leur qualification juridique, constituer une infraction passible d'une peine pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement.
Un contenu sans ambiguïté
Le Pôle enquête a pu se procurer une copie de l'exposé que Vincent Reynouard comptait donner à Toulouse. Son contenu est sans ambiguïté: l'intéressé entendait notamment revenir sur sa volonté de susciter le débat autour de l'existence des chambres à gaz.
Malgré cette interdiction, Vincent Reynouard s'est donné pour objectif de continuer à présenter ses exposés, mais sous une autre forme. Dans un bref échange avec la RTS, il annonce qu'il diffusera sa conférence sur internet. «Je l'enregistrerai seul, avec mon matériel, et je la publierai sur le Net.»