Ebola en RDC : l'OMS tire la sonnette d'alarme face à une épidémie hors de contrôle
L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo est « loin d'être maîtrisée », a alerté mardi Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le risque de propagation au-delà des frontières congolaises demeure « élevé », a-t-il prévenu lors d'une réunion du comité d'urgence à Genève.
« Il y a trois mois, j'ai déclaré que l'épidémie de la maladie à virus Bundibugyo en RDC constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Depuis lors, l'épidémie s'est propagée rapidement et le risque d'une propagation nationale et internationale plus importante reste élevé », a déclaré le chef de l'OMS à l'ouverture de la session.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : près de 5'000 personnes infectées et plus de 2'300 décès, répartis dans six provinces et 55 zones sanitaires. « Il faut être franc : l'épidémie est loin d'être maîtrisée », a-t-il insisté.
Une riposte entravée par l'insécurité et la faiblesse de l'État
La RDC a déclaré le 15 mai sa 17e épidémie d'Ebola, avec plusieurs semaines de retard. Les régions touchées, au nord et à l'est du pays, se caractérisent par une présence étatique fragile, des infrastructures de santé démunies et une capacité de riposte dépassée par l'explosion des cas.
Cette situation rappelle les défis structurels auxquels sont confrontés les systèmes de santé dans les zones de conflit. La transparence dans la déclaration des épidémies et la coopération internationale apparaissent comme des enjeux cruciaux pour endiguer la propagation.
Le comité d'urgence de l'OMS en session : quelles recommandations ?
C'est la deuxième fois que le comité d'urgence se réunit depuis la déclaration, le 17 mai, d'une urgence de santé publique de portée internationale, le deuxième niveau d'alerte le plus élevé de l'OMS. Les experts n'ont pas encore communiqué leurs recommandations, mais il semble improbable qu'ils proposent de lever l'alerte. Des ajustements des niveaux d'alerte ou de nouvelles recommandations sont possibles.
Un risque « très élevé » en RDC, « élevé » dans les pays voisins
L'OMS évalue actuellement le risque pour la santé publique comme « très élevé » en RDC, « élevé » pour l'Ouganda et les autres pays frontaliers, et « faible » pour le reste de l'Afrique et du monde. Cette gradation reflète l'incertitude quant à la capacité des pays voisins à contenir une éventuelle propagation.
Une progression plus rapide que toutes les épidémies précédentes
L'épidémie actuelle est désormais « la deuxième plus importante » d'Ebola « jamais enregistrée », et elle progresse plus rapidement que toutes les précédentes, a souligné le directeur de l'OMS. En trois mois, sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts ont été recensés qu'au cours des trois premiers mois de l'épidémie de 2014 en Afrique de l'Ouest, selon l'agence de santé de l'Union africaine.
À titre de comparaison, l'épidémie de 2018-2020 dans l'est de la RDC, jusqu'alors la plus meurtrière de l'histoire du pays, avait fait 2'299 morts sur 3'381 cas confirmés.
« L'épidémie est alimentée par l'insécurité, les déplacements de populations et d'intenses mouvements de personnes le long des routes, des cours d'eau et des voies d'accès aux sites miniers », a expliqué Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Pas de vaccin homologué contre le virus Bundibugyo
Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15'000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. Aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n'existe contre le virus Bundibugyo, bien que plusieurs initiatives soient en cours de développement.
Cette absence d'outils thérapeutiques spécifiques souligne l'urgence d'investir dans la recherche et le développement de contre-mesures médicales, tout en renforçant les capacités locales de surveillance épidémiologique.
Questions fréquentes sur l'épidémie d'Ebola en RDC
Quelle est la situation actuelle de l'épidémie d'Ebola en RDC ?
Près de 5'000 personnes ont été infectées et plus de 2'300 sont décédées dans six provinces et 55 zones sanitaires. L'OMS considère que l'épidémie est « loin d'être maîtrisée » et que le risque de propagation reste élevé.
Existe-t-il un vaccin contre le virus Bundibugyo ?
Non, aucun vaccin ou traitement spécifique homologué n'existe contre le virus Bundibugyo. Plusieurs initiatives de développement sont en cours.
Quels sont les pays les plus exposés à une propagation ?
L'Ouganda et les autres pays frontaliers de la RDC sont considérés à risque « élevé », tandis que le reste de l'Afrique et du monde est à risque « faible » selon l'OMS.
Quand le comité d'urgence de l'OMS rendra-t-il ses recommandations ?
L'OMS n'a pas encore annoncé de calendrier précis. Les experts pourraient formuler de nouvelles recommandations ou modifier les niveaux d'alerte.
Photo : rts.ch