Brésil : Lula et Flavio Bolsonaro au duel pour un pays à la croisée des chemins
Le président sortant Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, affronte dimanche le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, lors d'une élection présidentielle décisive pour la principale puissance d'Amérique latine. Ce scrutin déterminera si le Brésil poursuit sa trajectoire à gauche ou bascule dans la vague de droite qui gagne la région, portée par l'influence de Donald Trump.
Un second tour probable dans un mouchoir de poche
Lula brigue un quatrième mandat avec une légère avance dans les sondages. Selon l'institut Datafolha, il obtiendrait 48% des intentions de vote au second tour, prévu le 25 octobre, contre 45% pour Flavio Bolsonaro, fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro. L'écart reste toutefois mince, et l'issue du scrutin demeure incertaine.
Souveraineté nationale face à l'interventionnisme américain
Durant la campagne, Lula s'est érigé en défenseur de la souveraineté brésilienne face à ce qu'il qualifie d'interventionnisme de Donald Trump. Le président américain, qui a déclaré suivre l'élection de très près, n'a pas officiellement soutenu Flavio Bolsonaro, bien qu'il ait reçu le sénateur à la Maison Blanche cette année. La droite a récemment remporté des victoires au Chili, en Colombie et au Pérou avec des candidats appuyés par Washington.
Insécurité et pouvoir d'achat au cœur des préoccupations
Le troisième mandat de Lula s'achève sur un taux de chômage historiquement bas et une inflation maîtrisée, mais aussi sur une insécurité persistante et un ralentissement économique. Ces deux thèmes dominent la campagne.
La violence liée au crime organisé reste un défi majeur pour une police aux moyens limités. Livio Rocha, enquêteur à la police civile de Sao Paulo, admet : Nous sommes dépassés par les événements. Le crime organisé est en avance technologiquement et en termes d'effectifs, tandis que nos méthodes de travail datent de 50 ou 60 ans.
Pour y remédier, Lula a lancé en mai un plan de 1,75 milliard de francs visant à lutter contre le crime organisé, notamment en asphyxiant financièrement les organisations criminelles et en renforçant la sécurité dans les prisons. Flavio Bolsonaro a répliqué avec son programme Brésil sans peur, promettant de déclarer la guerre au narcotrafic et d'augmenter les peines de prison.
Le coût des programmes sociaux en débat
L'économie et le pouvoir d'achat sont également des enjeux centraux. Lula a revalorisé le programme d'aide sociale Bolsa Familia et interdit les paris sportifs en ligne, sources d'endettement pour des millions de Brésiliens. Cleide Santos, bénéficiaire de cette aide, témoigne : Je donne 10 sur 10 à Lula ! Je n'ai rien à redire sur sa manière de gouverner. Pour une personne à faibles revenus comme moi, il est d'une grande aide.
Ces mesures sociales ont toutefois un coût élevé pour l'État. Selon plusieurs projections, la dette publique pourrait atteindre 88% du PIB dès 2027, voire 100% en 2031, si aucune réforme n'est engagée pour maîtriser les dépenses.
Un scrutin sous haute tension démocratique
Ce duel électoral illustre les fractures profondes de la société brésilienne, entre défense des acquis sociaux et aspiration à un tournant libéral-conservateur. Pour la démocratie brésilienne, l'enjeu dépasse le simple choix d'un président : il s'agit de définir le rôle du pays sur la scène internationale et sa capacité à préserver son indépendance face aux pressions extérieures.