Macron et Carney à Saint-Pierre : la souveraineté face aux visées de Trump
Ce dimanche, Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney se retrouvent sur l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon. Une visite hautement symbolique, destinée à afficher la « souveraineté des nations » face aux menaces répétées de Donald Trump. Un rappel historique s'impose : en 1941, une poignée de marins de la France libre s'était déjà emparée de ce territoire sans tirer un coup de feu, contre l'avis des États-Unis.
Un message politique clair adressé à Washington
La venue de Mark Carney, premier chef de gouvernement canadien à se rendre sur ce territoire de 240 km² situé à une vingtaine de kilomètres de Terre-Neuve, est éminemment politique. « Le message principal vise Washington », analyse Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d'études géopolitiques. Pour le Canada, régulièrement menacé d'annexion par le président américain, l'enjeu est de démontrer qu'Ottawa « n'est pas isolé », dans un pays où « le sentiment est surtout d'humiliation » depuis le retour du républicain au pouvoir.
Début septembre, Donald Trump a publié une carte où la bannière étoilée recouvre le Canada, le Mexique, le Groenland et, précisément, Saint-Pierre-et-Miquelon. Une « rhétorique symbolique » selon Frédéric Lasserre, qui doute même que le président américain « sache que Saint-Pierre est un territoire français ».
L'archipel, future « base arrière » d'une coopération polaire ?
La présidence française ambitionne de faire de l'archipel la « base arrière d'une coopération polaire ». Un projet que Frédéric Lasserre juge peu réaliste : « C'est loin, c'est petit et le potentiel portuaire est très réduit », explique-t-il, soulignant la faible « valeur réelle » du territoire.
1941 : l'expédition de la France libre
Reste le principe de souveraineté, cher à l'histoire. En 1941, le régime de Vichy, collaborant avec l'Allemagne nazie, administrait l'archipel. Les États-Unis, tout juste entrés en guerre après Pearl Harbor, maintenaient un ambassadeur à Vichy et ne reconnaissaient pas la France libre du général de Gaulle. « La légitimité de la France libre reposait sur sa capacité à exercer une souveraineté », rappelle l'historien Thomas Vaisset, de l'université Le Havre Normandie.
Consultés, les Alliés s'opposent à toute intervention. De Gaulle ordonne néanmoins au vice-amiral Émile Muselier de lancer une opération. La flottille, partie d'Halifax au Canada, « tient de l'expédition de fortune », raconte Thomas Vaisset. Les canons et lance-torpilles du sous-marin Surcouf, le plus grand du monde à l'époque, sont « tellement gelés qu'ils sont totalement hors d'usage », ajoute l'historien Frédéric Fogacci, de la Fondation Charles de Gaulle.
De nuit, 25 hommes débarquent sur l'île Saint-Pierre, face à des militaires aux fusils non chargés. En vingt minutes, les Français libres tiennent les centres de commandement. Le secrétaire d'État américain Cordell Hull dénonce l'action de ces « so-called Free French », des « soi-disant Français libres ». Une formule qui « se retourne » contre lui, Washington étant « très critiqué par les grands médias américains », précise Thomas Vaisset.
Unité face à Donald Trump
Dimanche, Ottawa et Paris entendent donc montrer l'unité du Canada, de la France et des Européens face aux attaques de Donald Trump. Thomas Vaisset observe « des cycles dans les relations franco-américaines », avec une nouveauté de taille : « Le fait qu'il y ait des menaces sur des territoires relevant d'États membres de l'Otan, c'est quand même surprenant. Ça change par rapport à la configuration née en 1945. »
Renoncer à la souveraineté, c'est accepter « une faiblesse qui va être mise à profit aussi bien par les ennemis que par les alliés », avertit Frédéric Fogacci. Un principe qui, de 1941 à aujourd'hui, demeure le socle de la position française.
Questions fréquentes
Pourquoi Macron et Carney se rendent-ils à Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Cette visite conjointe vise à afficher l'unité du Canada, de la France et des Européens face aux menaces de Donald Trump, et à réaffirmer le principe de souveraineté des nations.
Quelle est la superficie de Saint-Pierre-et-Miquelon ?
L'archipel français s'étend sur 240 km² et se situe à une vingtaine de kilomètres des côtes canadiennes de Terre-Neuve.
Quel est le précédent historique de 1941 ?
En 1941, des marins de la France libre se sont emparés de l'archipel sans coup de feu, contre l'avis des États-Unis, pour affirmer la souveraineté du mouvement du général de Gaulle.