CHUV : la fuite des médecins cadres en pédiatrie inquiète jusqu'au niveau national
Depuis début 2025, quatre médecins cadres ont quitté les soins intensifs et intermédiaires pédiatriques du CHUV, dont la cheffe de service. Ces départs en série, révélés par le Pôle enquête de la RTS, suscitent une vive inquiétude parmi les équipes soignantes et les spécialistes de la médecine intensive à l'échelle suisse. La direction de l'hôpital et le conseiller d'État Roger Nordmann tentent de rassurer, mais les témoignages internes évoquent un risque réel pour la sécurité des patients.
Pourquoi les départs de médecins cadres au CHUV inquiètent-ils les équipes ?
Au printemps dernier, des infirmiers et infirmières ont adressé une lettre au chef de la pédiatrie du CHUV, exprimant « un sentiment d'urgence » face à l'épuisement et à la détresse qui règnent dans le service. Daté du 28 avril, ce courrier alerte sur les conséquences directes de cette situation : « Nous craignons que cette situation extrêmement précaire ne mène à d'autres arrêts de travail ou d'autres départs. Ceci mettrait gravement en péril la sécurité des patients et la qualité des prises en charge. »
Un membre du personnel, s'exprimant sous couvert d'anonymat, confie à la RTS : « Vu le nombre de départs, il y a une perte de savoir-faire et donc la mise en danger potentielle de patients. Un médecin cadre avec une dizaine d'années d'expérience sait anticiper les signes avant-coureurs quand une situation peut dégénérer. »
Quelles sont les réactions des spécialistes au niveau national ?
La Société suisse de médecine intensive, par l'intermédiaire de son groupe d'intérêts pour les intensivistes pédiatriques, a écrit au début de l'été au conseiller d'État vaudois chargé de la santé, Roger Nordmann. Le ton de la lettre est alarmiste : « Nous sommes profondément préoccupés par le fait que la situation actuelle nuit au moral du personnel et à la résilience du service, ce qui a des conséquences directes sur la capacité à prodiguer des soins sûrs, rapides et de grande qualité aux enfants gravement malades et à leurs familles. »
Les spécialistes insistent sur la portée stratégique de ce service : « Le fonctionnement continu d'un service doté d'un effectif complet, bien dirigé, très expérimenté et disposant de ressources durables n'est pas seulement une question institutionnelle pour le CHUV, c'est une nécessité stratégique pour la santé des enfants dans tout le canton de Vaud et un élément essentiel du réseau suisse de soins pédiatriques. »
Contactée, la Société suisse de médecine intensive confirme l'existence du courrier, tout en précisant qu'il « reflète les préoccupations exprimées par certains membres individuels » et ne constitue pas une prise de position officielle de la société.
Roger Nordmann se veut rassurant, mais les mesures suffiront-elles ?
Le conseiller d'État a répondu le 24 août aux médecins inquiets. Dans sa lettre, il rappelle les mesures prises par l'hôpital pour anticiper les difficultés et salue « l'engagement remarquable des professionnels concernés qui, malgré un contexte particulièrement exigeant, ont continué à assurer leurs missions avec compétence et dévouement ». Une réponse qui peine à dissiper les doutes, tant la perte de compétences spécialisées dans un service aussi sensible soulève des questions de fond sur l'attractivité et la soutenabilité des soins intensifs pédiatriques en Suisse romande.
FAQ : Ce qu'il faut retenir sur la crise des soins intensifs pédiatriques au CHUV
Combien de médecins cadres ont quitté le service depuis 2025 ?
Quatre médecins cadres ont quitté les soins intensifs et intermédiaires pédiatriques du CHUV en 2025, dont la cheffe de service.
Quelles sont les craintes principales des équipes soignantes ?
Les équipes redoutent une perte de savoir-faire, des arrêts de travail supplémentaires et une mise en danger potentielle de la sécurité des patients.
Qui a été alerté et quelles ont été les réponses ?
Les infirmiers ont écrit à la direction du CHUV, et les intensivistes pédiatriques ont saisi le conseiller d'État Roger Nordmann. La direction a annoncé des mesures en mai, et le conseiller d'État a répondu en août, se voulant rassurant.