Verser 20 francs à une organisation caritative au guichet d'une poste suisse coûte à l'organisation bénéficiaire 1,20 franc de frais fixes, soit près de 6% du montant, sans que le donateur en soit informé. C'est ce qu'a révélé le 25 octobre 2026 une enquête de l'émission On en parle de la RTS, qui met en lumière les commissions prélevées par les intermédiaires sur les dons.
Pour les associations helvétiques, l'addition est loin d'être anecdotique. La Poste encaisse ses frais en fin de mois: une organisation recevant 100 dons de 20 francs payés au guichet durant un mois voit son compte débité de 120 francs. La générosité des Suisses finance ainsi, en partie, des infrastructures bancaires et postales.
La Poste assume ses commissions
Interrogée par la RTS,
Transparence: le point faible du système
Ce qui frappe dans cette affaire, c'est l'absence d'information. Le donateur qui se présente au guichet ignore que près de 6% de son geste partira en frais. Pour une démocratie de la générosité comme la Suisse, où la société civile repose largement sur le don privé, cette opacité pose une question de principe: le citoyen a le droit de savoir où va son argent.
La spécialiste reconnaît d'ailleurs que le problème ne vient pas seulement des intermédiaires. «La transparence est parfois manquante, aussi du côté des organisations», admet-elle. Presque toutes les formes de paiement engendrent des frais, y compris Twint.
Twint et les plateformes en ligne: la facture grimpe
Les solutions numériques ne sont pas necessarily plus avantageuses. Les frais «s'élèvent de 1,5% avec le code QR basique à 2,5%, voire plus avec la solution Twint Donate», détaille Catherine Baud-Lavigne. Les plateformes de dons facturent aussi leur part: la plus connue en Suisse, Raise Now, prélève environ 0,5%, montant qui s'ajoute aux commissions des cartes de crédit et aux frais de gestion des adresses pour les attestations fiscales.
Le constat de la Fondation Zewo est sans appel: selon son étude, plus de 80% des organisations trouvent ces coûts trop élevés. À l'heure où la numérisation des paiements s'accélère, les ONG suisses se trouvent coincées entre l'exigence de modernité et la réalité économique des commissions.
L'e-banking, la voie la plus économique
Le conseil de la spécialiste est clair: l'e-banking demeure le moyen le moins onéreux, généralement sans frais pour un versement bancaire ou une facture QR. «Notre recommandation est d'éviter le paiement au guichet dans la mesure du possible, même si nous comprenons que c'est le plus simple pour les personnes qui ne sont pas à l'aise avec les moyens techniques», nuance-t-elle.
Reste un paradoxe suisse: le prélèvement automatique LSV, largement utilisé par les ONG, disparaîtra en septembre 2028. Le débit direct PostFinance survivra, mais «actuellement, il n'y a pas vraiment de solution de rechange», prévient Catherine Baud-Lavigne. Des discussions sont en cours entre SIX, qui gère cette procédure de recouvrement direct, et les organisations concernées.
Une question de confiance civique
Au-delà des pourcentages, cette affaire touche à quelque chose de plus fondamental: la confiance entre le citoyen donateur et la société civile. La Suisse a bâti un modèle où le financement privé des oeuvres d'utilité publique complète l'action publique, avec des garde-fous comme la Fondation Zewo qui certifie l'usage responsable des dons. Ce système ne fonctionne que si chaque franc versé arrive, autant que possible, à destination.
La disparition programmée du LSV en 2028 ajoutera une pression supplémentaire sur des associations déjà confrontées à la hausse des coûts. Les donateurs, eux, disposent d'un levier simple et immédiat: privilégier l'e-banking, et exiger des organisations qu'elles informent clairement sur les frais de chaque canal de collecte.
Questions fréquentes sur les frais liés aux dons
Combien la Poste facture-t-elle aux associations pour un don versé au guichet?
Des frais fixes de 1,20 franc sont facturés à l'organisation bénéficiaire pour un versement effectué au guichet au moyen d'une QR-facture, selon le porte-parole de La Poste cité par la RTS. Le donateur, lui, ne paie rien.
Quel est le moyen de paiement le moins coûteux pour faire un don?
L'e-banking, selon Catherine Baud-Lavigne de la Fondation Zewo: les versements bancaires et factures QR n'engendrent généralement aucun frais.
Quels frais Twint prélève-t-elle sur les dons?
Les frais vont de 1,5% avec le code QR basique à 2,5%, voire davantage avec la solution Twint Donate, selon la Fondation Zewo.
Le prélèvement automatique LSV va-t-il disparaître?
Oui, le système LSV sera supprimé en septembre 2028. Le débit direct PostFinance restera en place, mais aucune solution de rechange n'est pour l'heure disponible.
