Thierry Romanens présente son nouveau seul-en-scène « Ce monde éperdu! » du 4 au 14 novembre 2026 au Théâtre Boulimie à Lausanne, près de trente ans après son dernier solo. Le comédien romand y mêle humour, poésie et chansons pour interroger l'absurde, l'intelligence artificielle et la place de l'être humain dans un monde dominé par l'urgence.
Le point de départ du spectacle est une question d'Albert Camus qui, en substance, demande comment s'en sortir avec ce divorce entre l'esprit qui désire et le monde qui déçoit. Romanens répond avec des textes, des chansons et, selon rts.ch, une bonne dose d'absurde assumée.
Un retour au rire, mais pas au stand-up
Romanens a longtemps évolué entre chanson, théâtre, radio et humour, avant de quitter le registre comique. « Je trouvais angoissant d'être assujetti à faire rire toutes les trois phrases », a-t-il expliqué dans l'émission Vertigo du 29 octobre, sur un ton qui dit assez le poids de cette contrainte sur un artiste exigeant.
Le retour au seul-en-scène lui permet de renouer avec l'humour sans se plier au rythme du stand-up actuel. Il se reconnaît davantage dans la tradition des cabarets, celle où le rire côtoie la chanson et le texte. Son humour se veut humaniste et poétique.
Je cherche un humour qui fasse naître l'émerveillement. Un humour qui permette de s'interroger sur le sens de la vie.
Sur scène, l'artiste s'appuie sur trois figures: un philosophe, un poète et un clown. Il convoque notamment Albert Camus, William Shakespeare et Elon Musk. Ce grand écart lui permet de passer de la philosophie à l'actualité numérique, du mythe grec au magnat des technologies. Le procédé est audacieux, mais il est cohérent avec le propos: notre époque réunit effectivement ces trois figures en une seule, parfois dans la même personne.
Le numérique sous l'accélérateur
L'ère numérique occupe une place importante dans le spectacle. L'intelligence artificielle, les écrans et l'accélération du quotidien nourrissent les interrogations de l'artiste. « Le temps de la réflexion est bouffé par le temps du profit », estime Romanens. Le constat est sévère, et il n'est pas faux.
Les outils numériques promettent de faire gagner du temps. Ils imposent aussi de répondre plus rapidement aux messages et de travailler dans des délais toujours plus courts. « Tout le monde en souffre. La presse aussi, on le sait », ajoute-t-il. Voilà qui résonne singulièrement dans un métier où la vitesse est devenue une marchandise, et où la réflexion se paie au prix du retard. Cette critique de l'accélération numérique rejoint un débat de société plus large sur la place de l'IA dans nos vies, un sujet que le culturoscope, agenda culturel de l'arc jurassien inscrit désormais aussi au théâtre, preuve que la scène romande ne détourne pas le regard.
Face à cette accélération, le comédien cherche un autre chemin. « J'essaie de réenchanter le jour », dit-il. Le spectacle devient ainsi un espace de respiration. Il ne prétend pas résoudre les problèmes du monde, mais tente plutôt de les regarder autrement. Une modestie rafraîchissante à l'heure où tant d'artistes se prennent pour des prophètes.
Imaginer Sisyphe heureux
Le mythe de Sisyphe occupe une place centrale dans le spectacle. Condamné à pousser sans fin un rocher au sommet d'une montagne, le personnage représente l'absurdité de la condition humaine. Camus écrivait qu'il fallait imaginer Sisyphe heureux. Romanens reprend cette idée avec humour et la rapproche des gestes répétitifs du quotidien: faire ses courses, répondre à ses courriels, recommencer demain.
Il y a une acceptation de sa condition qui n'est pas un renoncement. Ce n'est pas baisser les bras. C'est simplement agir.
L'artiste insiste sur l'importance d'éprouver les choses dans le corps. La philosophie ne doit pas rester une réflexion abstraite. Elle peut aussi passer par le rire, le mouvement et la présence scénique. Romanens assume cette énergie débordante: « Le plateau, c'est mon combustible. » Le silence lui demande davantage d'efforts: « Quand on est seul sur scène, si on ne fait rien, il ne se passe strictement rien. »
Cette lecture de Camus, détachée du sérieux académique, est peut-être la plus fidèle à l'esprit de l'auteur. Le penseur français n'a jamais séparé la lucidité de la vie des sens, et le théâtre romand fait ici œuvre de transmission en rendant l'absurde non seulement pensable, mais jouable.
Un spectacle à voir à Lausanne
« Ce monde éperdu! » se joue du 4 au 14 novembre 2026 au Théâtre Boulimie à Lausanne. L'occasion est rare: Romanens ne remonte que rarement seul sur scène, et le rendez-vous lausannois devrait attirer un public au-delà des seuls amateurs de cabaret. Ceux qui s'interrogent sur le sens de la vie, sur l'intelligence artificielle ou sur la vitesse du monde y trouveront matière à réflexion, et probablement quelques chansons qui restent.
Questions fréquentes
Où et quand voir « Ce monde éperdu! » de Thierry Romanens?
Le spectacle est présenté du 4 au 14 novembre 2026 au Théâtre Boulimie à Lausanne.
Quels sont les thèmes abordés dans « Ce monde éperdu! »?
Le spectacle mêle humour, poésie et chansons autour de l'absurde, de l'intelligence artificielle, des écrans et de la place de l'être humain dans un monde dominé par l'urgence.
Qui sont les figures convoquées sur scène par Thierry Romanens?
L'artiste s'appuie sur un philosophe, un poète et un clown, en convoquant notamment Albert Camus, William Shakespeare et Elon Musk.
