Quand la Comédie-Française rit d'elle-même : un film bouscule l'institution avec humour
Genève – Avec 'De la Comédie-Française', sorti le 22 juillet, la plus ancienne troupe de théâtre du monde se prête à l'autodérision. Le film, porté par vingt-deux sociétaires et pensionnaires, dont Guillaume Gallienne, Marina Hands et Laurent Stocker, raconte les déboires d'une première soirée. Une comédie qui, sans renier le prestige de l'institution, en humanise les coulisses.
Une institution séculaire sous le feu des projecteurs
Fondée en 1680 par Louis XIV, la Comédie-Française, surnommée 'La Maison de Molière', incarne l'excellence théâtrale française. Sa troupe permanente, ses sociétaires prestigieux et son répertoire classique en font un temple de l'art dramatique. Mais cette image d'Épinal, parfois austère et intimidante, est précisément ce que le premier long métrage de Martin Darondeau et Bertrand Usclat entend bousculer.
Dans 'De la Comédie-Française', Nina, interprétée par Pauline Clément (également co-scénariste), est à trois heures de dévoiler sa première mise en scène. S'ensuit une cascade d'imprévus : problèmes techniques, garde d'enfant impossible, retards des comédiens et conflits d'ego. Une seule règle prévaut : on n'annule jamais une représentation dans le temple de l'art théâtral français.
Démystifier sans dénigrer
Le film s'amuse à écorner le vernis de perfection. Interrogé dans l'émission 'Vertigo' du 20 juillet, Martin Darondeau explique : 'C'est en tout cas une comédie qu'on a voulu résolument populaire. Avec Bertrand, on avait évidemment un énorme respect pour l'institution. En même temps, on voulait raconter une comédie, on voulait de l'autodérision, on voulait pouvoir grossir le trait quand il fallait pour ne pas que ça soit un documentaire, mais bien une fiction.'
Les réalisateurs privilégient un scénario rythmé qui capture l'énergie brute et humaine de la scène. Avec ses quiproquos en cascade, son rythme effréné et ses crises d'ego en coulisses, 'De la Comédie-Française' emprunte largement aux codes du vaudeville et du théâtre de boulevard à la Georges Feydeau. 'Les personnages qu'on peut voir dans le film, les régisseurs, les costumières, ce sont des personnages qu'on a déjà croisés dans nos vies', ajoute Darondeau.
Par ceux et celles qui la portent
Au-delà du regard porté sur l'institution, les réalisateurs ont voulu humaniser ceux qui la font vivre au quotidien. 'Quand on rencontre les gens qui composent la Comédie-Française, que ce soit les comédiens, techniciens, costumières, perruquiers..., on se rend compte qu'ils ont beaucoup d'autodérision et plein de problèmes du quotidien à gérer comme tout le monde. Et entre deux scènes de 'Macbeth', ça regarde les matchs de foot en coulisse.'
Initialement envisagé comme une série télévisée à la 'Dix pour cent', le projet a d'abord été rejeté par toutes les chaînes avant qu'un producteur de cinéma ne propose d'en faire un film. Écrit en deux mois pour une fenêtre de tournage de trois semaines dans la salle Richelieu, alors en travaux, le film a été réalisé dans l'urgence. 'C'est un film sur la Comédie-Française par ceux qui la font, la troupe', résume son administrateur général, Clément Hervieu-Léger, qui y voit un moyen d'ouvrir la porte 'de notre maison pour un public qui n'y a peut-être jamais mis les pieds'.
Le résultat est une comédie ramassée de 1h15 qui a fait sensation lors du Festival de l'Alpe d'Huez, remportant quatre prix, dont celui du jury et celui du public. Un succès qui confirme que l'autodérision, même dans les plus hautes sphères de la culture, reste une valeur sûre.
'De la Comédie-Française' de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, avec Marina Hands, Laurent Stocker, Julien Frison, Pauline Clément, Adeline d'Hermy, Danièle Lebrun. À voir dans les salles romandes depuis le 22 juillet 2026.
Propos recueillis par Witold Langlois. Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente avec afp.