GTA VI: Rockstar mise un milliard sur le jeu du siècle
Le 19 novembre prochain, la sortie de GTA VI s'annonce comme un événement planétaire. Avec un budget record dépassant le milliard de francs, l'éditeur Rockstar vise tout simplement le titre de jeu vidéo du siècle. Treize ans après le dernier opus, ce sixième volet pourrait devenir le produit culturel le plus vendu de l'Histoire, reléguant au second plan les sorties cinématographiques ou musicales majeures.
La bande-annonce diffusée jeudi soir sur Netflix a provoqué un tel engouement qu'elle a fait planter la plateforme. Le jeu se déroule à Vice City, dans l'État fictif de Leonia, inspirés de Miami et de la Floride.
Le succès de GTA: une liberté absolue et une transgression assumée
Coline Métrailler, chercheuse en Humanités numériques à l'Université de Lausanne et membre du Gamelab UNIL-EPFL, analyse ce succès dans l'émission Tout un monde. Selon elle, le sentiment de liberté absolue conféré par le jeu est central: «C'est assez génial pour les joueurs et joueuses de pouvoir aller n'importe où dans cette ville simulée, de faire absolument n'importe quoi et que le jeu réponde à ce qu'on fait et en génère des histoires.»
La dimension transgressif constitue également une spécificité du jeu. La chercheuse compare cette expérience au carnaval: «Tout à coup, on installe le chaos, on change complètement l'ordre établi et le lendemain tout reprend comme avant.» Une mécanique qui séduit, sans conséquences à long terme pour les joueurs.
Une satire politique qui refuse de prendre parti
GTA VI se présente comme une satire des États-Unis, mais Rockstar a volontairement écarté Donald Trump et le Covid pour garantir une certaine intemporalité. Coline Métrailler nuance les critiques d'apolitisme: «Il parle de société, il parle de criminalité, il parle des différences salariales, de la police, de discriminations. Il y a donc forcément un discours politique, mais il n'a pas l'air de choisir un camp.»
Une première héroïne féminine dans la franchise
Pour la première fois, les joueurs pourront incarner une femme. Cette évolution s'inscrit dans un mouvement plus large de l'industrie. La chercheuse tempère toutefois: «Il faut voir si ces femmes ont un intérêt en dehors de leur corps, si elles ont des enjeux, si on peut leur prêter des valeurs morales, même discutables.»
La dématérialisation: un enjeu patrimonial majeur
Autre première: GTA VI ne sera disponible qu'en version numérique. Sony a annoncé arrêter les supports physiques dès 2028. Coline Métrailler souligne les conséquences: «On ne possède plus les objets culturels qu'on achète, parce qu'on loue un droit d'accès. Le jour où le distributeur décide d'arrêter, on ne peut plus y accéder.»
«On ne peut ainsi pas léguer ce patrimoine culturel. On est en train de perdre la main sur ces objets.»
Une réflexion qui interpelle notre modèle de propriété et de sauvegarde culturelle, à l'heure où la dématérialisation s'accélère.
Propos recueillis par Eric-Guevara Frey