Favoritisme à Genève : une lettre anonyme élargit le soupçon à Curabilis
Une lettre de dénonciation anonyme, adressée l'hiver dernier aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et au Conseil d'Etat, affirme que les pratiques de favoritisme à l'embauche ne se limitent pas à l'Office cantonal de la santé (OCS). Selon ce courrier, ces pratiques auraient pris racine au sein du Service des mesures institutionnelles (SMI) de la prison de Curabilis, où officiaient plusieurs cadres aujourd'hui en poste à l'OCS. Le Service d'audit interne de l'Etat (SAI) a ouvert une enquête sur ce service pénitentiaire.
Que dit la lettre anonyme sur la « culture népotique » à Curabilis ?
Le courrier, dont la RTS a révélé l'existence lundi, évoque une « culture népotique » au sein du SMI, l'aile médicale de l'établissement pénitentiaire genevois. Ses auteurs, qui se présentent comme des professionnels de la santé de Curabilis, affirment que « les pratiques de favoritisme ne concernent pas exclusivement l'OCS » et qu'elles « ont pris racine à Curabilis et perdurent à ce jour ».
Ils décrivent des postes de managers « attribués dans des conditions peu transparentes et, pour certains, sans mise au concours préalable ». Des personnes auraient été approchées « en raison d'affinités relationnelles, voire personnelles », puis « accompagnées de manière soutenue afin de favoriser leur nomination ». Le courrier mentionne également des « logiques de proximité et de copinage » et évoque des représailles pour ceux qui refuseraient de s'y conformer : « répercussions sur les plannings », « accès à la formation » limité, « perspectives d'évolution professionnelle » entravées.
« Le trio actuellement en fonction à l'OCS, issu de Curabilis, semble avoir utilisé notre établissement comme un levier au service de trajectoires individuelles, laissant derrière lui une institution fragilisée et figée dans des modes de fonctionnement qui semblent aujourd'hui se reproduire à l'OCS. »
Qui sont les cadres visés par ces accusations ?
Le courrier vise implicitement le directeur de l'OCS, Panteleimon Giannakopoulos, ainsi que son adjoint récemment engagé et une haute fonctionnaire rattachée au médecin cantonal. Ces trois personnes, issues de Curabilis, partagent par ailleurs le même domicile à Genève, ce qui a suscité des interrogations au Grand Conseil genevois. La commission de contrôle de gestion de ce dernier est saisie et mène ses propres investigations.
Le syndicat SSP confirme-t-il ces allégations ?
Le Syndicat des services publics (SSP) affirme que ces dénonciations « s'inscrivent dans le prolongement des alertes qu'il relaie depuis plusieurs années sur le fonctionnement de Curabilis ». Selon son secrétaire Quentin Stauffer, d'autres courriers anonymes ont précédé celui-ci, dès 2020. Pour le SSP, l'anonymat des auteurs « n'est pas un choix de confort mais une mesure de survie professionnelle, dans un climat où signaler un dysfonctionnement est vécu comme un risque pour sa carrière ».
« Faute d'être traités, ces dysfonctionnements ne sont pas corrigés : ils s'installent, se banalisent et finissent par entretenir une culture du silence et de la peur. Ce que le SSP redoute aujourd'hui, c'est que ce climat, historiquement installé à Curabilis, se développe désormais au sein de l'OCS. »
Quel est l'état de l'enquête du Service d'audit interne ?
Le Service d'audit interne de l'Etat de Genève (SAI) a ouvert une enquête sur le SMI de Curabilis, au moment même où la lettre accusatrice était entre les mains des autorités. Selon les informations de la RTS, cet audit arrive à son terme et sera remis aux autorités genevoises très prochainement. Toutefois, contrairement aux rapports de la Cour des comptes, ceux du SAI sont confidentiels et ne seront pas rendus publics.
Les HUG, de leur côté, n'ont pas répondu aux sollicitations de la RTS, indiquant qu'elles « ne s'expriment jamais publiquement sur le contenu de lettres anonymes ».
Quelles conséquences pour l'Office cantonal de la santé ?
L'OCS est une structure « d'importance stratégique pour la politique de santé » du canton de Genève, rappellent les auteurs de la lettre. La commission de contrôle de gestion du Grand Conseil poursuit son investigation. L'issue de l'audit du SAI, bien que confidentielle, pourrait influencer les décisions des autorités. En attendant, ces révélations jettent une ombre sur la gestion des ressources humaines au sein de l'administration sanitaire genevoise et relancent le débat sur la transparence des nominations dans le secteur public.