Valérie Dittli quitte Le Centre Vaud et lance le Mouvement libéral
La conseillère d'État vaudoise Valérie Dittli a annoncé mercredi son départ du Centre Vaud pour fonder un nouveau mouvement politique, le Mouvement libéral, en vue des élections cantonales de 2027. Interrogée jeudi par la RTS, elle reconnaît sa part de responsabilité dans la crise, tout en dénonçant des accusations qu'elle juge «complètement infondées».
Une rupture qui intervient à six mois des élections
Trois semaines après avoir qualifié Le Centre de «famille», Valérie Dittli quitte la formation avec laquelle elle avait été élue au gouvernement vaudois en 2022. L'actuelle ministre de l'Agriculture et du Numérique se présentera à sa réélection sous la bannière d'un nouveau parti, le Mouvement libéral.
Cette décision survient quelques jours après le retrait du soutien du comité de présidence et du comité cantonal du Centre Vaud, ainsi qu'après de nouvelles accusations concernant un compte bancaire de la section Lavaux-Oron, que la conseillère d'État conteste formellement.
«On peut s'engueuler avec sa famille»
Interrogée sur ses déclarations d'il y a trois semaines, Valérie Dittli reconnaît que la rupture peut paraître soudaine. «On peut s'engueuler avec sa famille et je crois que c'est ce qui s'est passé ces dernières semaines, pas seulement ces derniers jours», répond-elle.
Elle affirme avoir consacré beaucoup de temps et d'énergie à la recherche d'une issue. «Je suis assez triste que nous n'ayons pas su ou pu faire mieux. J'ai vraiment essayé de trouver un chemin et un dialogue, mais certaines choses sont allées trop loin», précise-t-elle.
Une part de responsabilité assumée
La conseillère d'État ne rejette pas l'entière responsabilité de la crise sur la direction du parti. «Bien sûr, j'ai aussi une part de responsabilité. Comme toujours dans une situation impliquant plusieurs personnes, chacun doit assumer la sienne», reconnaît-elle.
Elle reproche toutefois à la présidence du Centre Vaud d'avoir convoqué une assemblée des délégués plutôt qu'une assemblée de l'ensemble des membres pour se prononcer sur son éventuelle candidature à un deuxième mandat. La procédure est prévue par les statuts du parti, mais elle n'avait encore jamais été appliquée. La ministre estime que tous les membres auraient dû pouvoir donner leur avis.
«Ne pas laisser parler les membres a trop heurté les valeurs profondes et essentielles qui sont les miennes en tant que centriste», explique-t-elle.
Une nouvelle accusation à l'origine de la rupture
Le départ de Valérie Dittli a aussi été annoncé quelques heures après la révélation d'une nouvelle affaire. À l'été 2025, un compte intitulé «Le Centre Lavaux-Oron» a été ouvert auprès de la Banque cantonale vaudoise.
Dans un courriel que la RTS a pu consulter, le comité de présidence de la section affirme que cette démarche avait été lancée par Valérie Dittli pour financer sa campagne. Il l'accuse également d'avoir récemment tenté de fermer le compte et d'en faire transférer le solde, qui s'élève à environ 22'000 francs. Cette somme provient de dons de particuliers et d'entreprises, notamment versés par l'intermédiaire du site internet personnel de la conseillère d'État. La section Lavaux-Oron a depuis entrepris des démarches pour lui retirer ses droits sur ce compte.
Valérie Dittli nie formellement ces accusations. Dans une réponse écrite adressée à la RTS, elle assure que le compte n'a été créé ni à titre personnel ni à son initiative pour financer une campagne. Selon elle, il a été ouvert par des membres de la section afin de permettre à ses soutiens d'effectuer des dons dans un cadre légal et transparent.
Cette nouvelle polémique a donc également pesé dans sa décision de quitter le parti. «Évidemment, cela a joué», reconnaît-elle dans le 19h30.
Des affirmations «infondées»
Valérie Dittli estime surtout que le conflit s'est éloigné des débats pour lesquels elle s'était engagée. «Je suis entrée en politique pour faire de la politique, pour parler des sujets de notre société, de la manière dont nous pouvons améliorer les choses, les faire différemment et contribuer aux services publics.»
La ministre juge les affirmations formulées à son encontre «complètement infondées». Elle considère qu'elles ont fait basculer le désaccord sur le terrain personnel et franchi des limites qui devraient être respectées, même lors d'un conflit politique. «On n'a pas à être d'accord avec tout le monde. On peut se battre, avoir des controverses et dialoguer. Là, on est face à une situation où ça devient très personnel et où ça n'a plus rien à voir avec la politique», affirme-t-elle.
Un nouveau mouvement pour défendre ses convictions
La création du Mouvement libéral risque-t-elle de diviser davantage la droite vaudoise et de favoriser la gauche lors des élections du printemps prochain? Interrogée à ce sujet, Valérie Dittli réfute.
Elle dit vouloir poursuivre son engagement en faveur de la classe moyenne, des PME, des associations et des citoyens du canton. Elle souhaite également défendre une administration plus simple et plus efficace, ainsi qu'agir sur la charge fiscale.
La conseillère d'État explique que plusieurs personnes de son entourage souhaitaient créer cette nouvelle formation et lui ont proposé de les rejoindre. «Je leur ai dit oui parce que je pouvais m'identifier à ce projet. Nous allons essayer de nous battre pour nos convictions politiques», explique-t-elle.
Une image désastreuse assumée
Face à la lassitude exprimée par une partie de la population après les nombreux rebondissements de ces derniers mois, Valérie Dittli reconnaît que la séquence politique donne une image désastreuse. «Absolument, je peux tout à fait le comprendre. Je le vis moi-même et je trouve assez incroyable ce qui se passe», admet-elle. Elle tient néanmoins à distinguer cette crise de son activité quotidienne au sein du gouvernement.
«Je suis une conseillère d'État en fonction qui fait son travail. Avec le gouvernement et mes collègues, nous collaborons, nous faisons avancer les dossiers et nous parlons des sujets importants», souligne-t-elle.
Sa principale préoccupation du moment est la sécheresse. Elle insiste sur la nécessité d'une bonne collaboration avec la Confédération afin de trouver des solutions adaptées au canton. «C'est cela, au fond, le quotidien que je vis», conclut-elle.