Nager à l'école: une lacune qui coûte cher à la Suisse
En Suisse, trop d'élèves n'ont pas assez, voire pas du tout, de cours de natation durant leur scolarité. Ce constat, répété à chaque rentrée, inquiète les professeurs d'éducation physique, qui y voient un danger pour la population. À court terme, difficile de changer les choses, car les piscines manquent. Il faut donc se montrer créatif.
Pourquoi l'absence de piscines est-elle un problème en Suisse?
Dans un pays de rivières et de lacs comme la Suisse, être en sécurité dans l'eau est capital. Les bassins ne servent pas simplement à barboter ou à faire du sport: ils jouent un rôle essentiel dans l'apprentissage de la natation et de la sécurité aquatique. Ne pas savoir jouer au foot ou au volley n'aura pas les mêmes conséquences que ne pas savoir nager. Les gestes appris durant ces cours peuvent sauver la vie.
Quel est l'état des lieux de la natation scolaire en Suisse?
Selon une étude publiée fin 2024, 13% des élèves suisses âgés de 13 à 15 ans n'ont jamais eu de cours de natation pendant leur scolarité, en partie à cause de l'absence de piscine disponible pour les donner. Quarante-trois personnes sont mortes noyées en Suisse l'an dernier, un chiffre qui tend à être banalisé.
Des lacunes qui s'accumulent pour les enfants
Ce constat énerve les professionnels du milieu, à l'instar de l'ancienne nageuse de top niveau Swann Oberson, aujourd'hui enseignante d'éducation physique.
«Tant que les enfants ne savent pas se débrouiller dans l'eau de manière à y être en sécurité, on a failli à notre mission», a-t-elle dénoncé mercredi dans La Matinale de la RTS.
Elle pointe du doigt des élèves privés de cours de natation pendant un, deux voire trois ans consécutifs.
«Ce sont des lacunes qui s'accumulent. Tout le monde ne peut pas se payer des cours de natation dans un club... Ce sont des enfants qui, année après année, prennent du retard», déplore Swann Oberson.Avec pour conséquence, dans le pire des cas, des accidents et des noyades.
Quel est le coût des infrastructures aquatiques?
L'ancienne championne le reconnaît: construire et entretenir une piscine coûte cher. Cossonay (VD) a par exemple inauguré en 2021 un nouveau bassin pour plus de 12 millions de francs. Quant aux plus grands projets aquatiques, comme celui, achevé, de la Vaudoise Arena à Lausanne ou celui prévu à Fribourg pour la prochaine décennie, ils tournent autour de la centaine de millions.
«Mais c'est un service à la population», rappelle-t-elle.
Au pays de la démocratie semi-directe, pour que de tels projets se réalisent, il faut convaincre et être visionnaire. Dans le canton de Fribourg, la Singine a par exemple refusé en juin dernier un projet de piscine devisé à 16 millions de francs.
Des pistes pour réduire les coûts et valoriser l'existant
À plus court terme, pour Swann Oberson, la solution passe autant que possible par la valorisation de l'existant. En la matière, certaines communes sont nettement plus pro-actives que les autres. C'est le cas d'Echallens, dans le Gros-de-Vaud, où la piscine du Collège des Trois-Sapins connaît une seconde vie après les heures scolaires.
«Toute une série de cours sont donnés de la fin d'après-midi jusqu'au soir [...] et on a fait récemment un test d'ouverture au public le samedi matin pour voir s'il y avait une demande particulière pour un nouveau créneau», explique le municipal en charge des bâtiments à Echallens Sébastien Salvi.
Pour lui, c'est une chance de disposer de cette infrastructure. Il salue
«les visionnaires qui ont osé construire, il y a 50 ans, cette infrastructure à Echallens. Aujourd'hui, on est héritiers de ça!», se félicite-t-il.
Cette ouverture au public permet de réduire les 800'000 francs de frais d'exploitation annuels à la charge de l'association scolaire intercommunale, et donc in fine des communes; une solution gagnant-gagnant.