Crue au Népal et au Tibet : les scientifiques privilégient l'hypothèse glaciaire
L'effondrement d'un glacier ou la vidange brutale d'un lac glaciaire. Telles sont les deux principales hypothèses avancées par les scientifiques pour expliquer la catastrophe qui a frappé le Népal et le Tibet, faisant au moins 359 morts et environ 1400 disparus. L'Autorité népalaise de réduction et de gestion des risques de catastrophes a confirmé qu'une « crue glaciaire » s'était produite dans la rivière Lhende, consécutive à un glissement de terrain survenu à une vingtaine de kilomètres au nord-est d'un poste-frontière entre les deux pays.
Quelles sont les causes possibles de la crue au Népal et au Tibet ?
Les premières hypothèses écartent l'hypothèse d'un séisme, initialement évoquée par les autorités népalaises. Les scientifiques se concentrent désormais sur deux scénarios. Le premier implique l'effondrement d'une partie d'un glacier himalayen. Le second, plus fréquent avec le réchauffement climatique, est celui d'une vidange brutale d'un lac glaciaire, phénomène connu sous l'acronyme GLOF (Glacial Lake Outburst Flood). Ce mécanisme se produit lorsqu'une digue naturelle de débris retenant un lac de fonte s'effondre soudainement, libérant les eaux accumulées.
Prakash Pokharel, géologue au sein de l'autorité népalaise, estime que « les crues soudaines ont été provoquées par une avalanche de glace et de roches du côté népalais ». Adrian McCallum, glaciologue à l'université de la Sunshine Coast en Australie, abonde dans ce sens : « La seule raison pour laquelle une grande quantité d'eau a pu dévaler soudainement la vallée est qu'elle a été relâchée d'un seul coup. »
Quel est le rôle du réchauffement climatique dans cette catastrophe ?
La question du lien entre cet événement et le changement climatique reste ouverte. Les experts soulignent toutefois que le recul des glaciers constitue un stress permanent pour ces fleuves de glace, augmentant les risques de catastrophes de ce type. Dan Shugar, géoscientifique à l'université de Calgary, a observé sur les images satellites une fonte importante de neige dans les 24 heures précédant la catastrophe. « La question de savoir si le changement climatique a joué un rôle est sans aucun doute un sujet que nous allons examiner dans un avenir proche », a-t-il déclaré.
Une vague dévastatrice de huit mètres de haut
Selon David Fisher, chef de délégation de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, une avalanche a bloqué un fleuve en Chine, « déclenchant une énorme vague qui a dépassé huit mètres de hauteur à l'entrée au Népal ». Les images de vidéosurveillance côté chinois montrent un imposant bâtiment frontalier englouti en quelques secondes. La vague a ensuite poursuivi sa course au Népal, détruisant villages et infrastructures.
Les relevés hydrologiques sont éloquents : le niveau de la rivière Trishuli a augmenté de neuf mètres à Galchhi en trente minutes, et de sept mètres à Malekhu. Plusieurs stations de mesure ont été détruites ou emportées.
Quelles leçons pour la prévention des risques ?
Christian Huggel, professeur à l'Université de Zurich, a comparé l'ampleur de la chute à « dix fois, voire plus de dix fois » celle du glissement de terrain de Blatten l'année dernière. Il a également souligné que cet événement démontre « ce que c'est que de ne pas disposer d'un système d'alerte précoce opérationnel ». Une observation qui interpelle directement les pays de montagne, dont la Suisse, où la question de la surveillance des glaciers et des lacs glaciaires est devenue un enjeu majeur de sécurité publique.
Les images satellites « avant-après » de la région, fournies par Planet Labs et examinées par Reuters, montrent un versant montagneux autrefois verdoyant désormais enseveli sous des débris bruns. Vikram Gupta, spécialiste en géologie de l'ingénierie à l'université du Sikkim, confirme qu'« une partie importante de la langue de ce glacier s'est effondrée, emportant probablement avec elle une quantité non négligeable de roches et de sédiments ».
FAQ : comprendre la crue glaciaire au Népal
Qu'est-ce qu'une crue glaciaire ?
Une crue glaciaire est un phénomène naturel qui survient lorsqu'une digue naturelle de débris retenant un lac formé par la fonte d'un glacier s'effondre soudainement, libérant brutalement les eaux qu'elle contenait. Ce phénomène est appelé GLOF (Glacial Lake Outburst Flood) en anglais.
Pourquoi ce type d'événement est-il plus fréquent ?
Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaciers, ce qui augmente le volume des lacs glaciaires et fragilise les digues naturelles. Le recul des glaciers accroît également l'instabilité des versants montagneux, rendant les effondrements plus probables.
Un système d'alerte précoce aurait-il pu limiter le bilan ?
Selon Christian Huggel, l'absence d'un système d'alerte précoce opérationnel a très probablement contribué à l'ampleur du désastre. De tels systèmes permettent d'évacuer les populations avant l'arrivée de la vague, comme cela se pratique dans certaines vallées alpines.