Trafic d'animaux : la Suisse, plaque tournante d'un marché criminel mondial
La contrebande d'espèces sauvages reste l'un des trafics les plus lucratifs de la planète, générant des milliards de dollars par an. Derrière les saisies spectaculaires, des réseaux criminels organisés prospèrent, et la Suisse elle-même a servi de point de transit. Un constat qui interpelle notre modèle de neutralité et d'efficacité.
Un marché criminel aux ramifications mondiales
En juin dernier, une enquête espagnole a permis la saisie de plus de 256 spécimens d'animaux exotiques, des varans des savanes aux iguanes verts albinos. Ces opérations, bien que médiatisées, ne représentent que la partie émergée d'un trafic estimé à plusieurs milliards de dollars annuels, comparable au narcotrafic ou à la traite humaine.
Selon Bruno Mainini, spécialiste en protection des espèces à l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), ces activités sont rarement le fait d'acteurs isolés. « On peut parler parfois de mafia », confie-t-il, soulignant l'organisation sophistiquée de ces réseaux.
Rhinocéros, pangolins et éléphants : les cibles privilégiées
Le rapport international sur le trafic d'espèces sauvages révèle que trois espèces représentent à elles seules 72% du volume mondial : les rhinocéros, les pangolins et les éléphants. Plus de 40% des spécimens saisis entre 2015 et 2021 étaient classés comme menacés ou quasi menacés.
La demande, extrêmement hétéroclite, alimente ce commerce : médecine traditionnelle, objets décoratifs, animaux de compagnie exotiques ou consommation alimentaire. Les régions à forte biodiversité, comme l'Afrique et l'Asie, sont les plus touchées, mais les pays de transit jouent un rôle clé.
La Suisse, point de transit méconnu
Bruno Mainini évoque un cas spectaculaire : un trafic d'alevins d'anguille passant par Genève. « On les pêche au Portugal, en Espagne, ils sont transférés ou vendus dans les marchés asiatiques. La Suisse était utilisée comme point de transit pendant deux ou trois ans », raconte-t-il. Des centaines de milliers d'exemplaires ont été confisqués, pour une valeur de plusieurs millions de francs.
Ce cas illustre la vulnérabilité de notre territoire face à ces réseaux, malgré des contrôles renforcés dans les aéroports et sur les navires.
Des outils innovants pour lutter contre le trafic
Face à cette menace, les acteurs de la protection de la biodiversité développent des solutions novatrices. Des implants radioactifs pour protéger les rhinocéros du braconnage, des rats géants capables de détecter les écailles de pangolin ou l'ivoire : « Si ces animaux sont bien entraînés, ils sont vraiment des armes qu'on peut utiliser », estime le biologiste.
L'intelligence artificielle offre également des perspectives prometteuses, notamment pour l'identification d'objets difficiles à reconnaître par l'humain. Mais Bruno Mainini reste prudent : « Il sera peut-être utilisé des deux côtés. On ne peut pas encore dire si c'est un avantage ou un désavantage. »
Une adaptation constante des trafiquants
La lutte contre ce fléau s'apparente à une course sans fin. Lorsque la surveillance d'une espèce ou d'une route commerciale s'intensifie, les trafiquants se tournent vers d'autres cibles. « Ce serait un rêve de dire qu'il n'y aura plus de commerce illégal, mais c'est une évolution des deux côtés », confie le spécialiste.
Internet, les réseaux sociaux et les messageries cryptées amplifient encore le phénomène, facilitant la communication et la vente. Au-delà de la biodiversité, ces activités augmentent le risque d'émergence de nouvelles zoonoses, la capture et le transport d'animaux sauvages favorisant la transmission de maladies.
Quel rôle pour la Suisse dans ce combat ?
Notre pays, fort de son engagement pour la protection de l'environnement et le respect du droit international, doit renforcer sa vigilance. La transparence et l'efficacité de nos institutions sont des atouts, mais la complexité de ces réseaux exige une coopération internationale accrue et des moyens innovants.
La démocratie directe et la société civile ont un rôle à jouer dans la sensibilisation et le soutien aux mesures de protection. Car si la lutte est difficile, elle est essentielle pour préserver notre patrimoine naturel commun.
« La Suisse était utilisée comme point de transit pendant deux ou trois ans. Le cas était assez spectaculaire, parce qu'on parlait de quelques centaines de milliers d'exemplaires qu'on a pu confisquer, et d'une valeur de plusieurs millions. » - Bruno Mainini, OSAV
FAQ : Questions fréquentes sur le trafic d'animaux
Quelles sont les espèces les plus touchées par le trafic ?
Les rhinocéros, les pangolins et les éléphants représentent environ 72% du volume mondial du trafic d'espèces sauvages, selon les rapports internationaux.
Comment la Suisse est-elle impliquée dans ce trafic ?
La Suisse a servi de point de transit pour des trafics, notamment celui d'alevins d'anguille via Genève, avec des centaines de milliers de spécimens confisqués.
Quels moyens sont utilisés pour lutter contre ce fléau ?
Les autorités utilisent des rats entraînés, des implants radioactifs et l'intelligence artificielle pour détecter les espèces protégées et les objets issus du braconnage.