Nucléaire en Suisse : la leçon d'une Verte finlandaise
Alors que le peuple suisse s'apprête à voter sur la construction de nouvelles centrales nucléaires, une voix singulière s'élève d'Europe du Nord. Tea Törmänen, membre des Verts finlandais, était de passage à Genève mercredi pour une conférence-débat organisée par le Club énergie suisse, un lobby favorable à l'atome. Son message : sans nucléaire, la Suisse devra recourir au gaz, une option bien plus néfaste pour le climat.
Pourquoi les Verts finlandais soutiennent-ils le nucléaire ?
Le ralliement des Verts finlandais à l'énergie nucléaire n'est pas le fruit du hasard. Tea Törmänen explique dans l'émission Forum que ce changement d'opinion résulte d'un long processus interne. « Cela a débuté en 2008 avec la création au sein du parti d'un groupe appelé 'Les Verts pour la science et la technologie'. L'objectif était de promouvoir une prise de décision fondée sur la science. Certains membres ont alors déclaré qu'ils s'étaient trompés au sujet du nucléaire », raconte-t-elle.
Le rapport du GIEC de 2028 sur les effets du réchauffement climatique limité à 1,5 degré a accéléré le mouvement. Dès 2022, le programme des Verts finlandais considérait le nucléaire comme une énergie durable.
Une position isolée chez les Verts européens
Cette position fait figure d'exception. La quasi-totalité des partis verts européens reste farouchement opposée à l'atome. « De nombreux partis verts ont été fondés pour s'opposer aux armes nucléaires. Puis ils ont étendu cette opposition à l'énergie nucléaire. Cela fait partie de leur identité », analyse Tea Törmänen.
En Suisse, les Vert-e-s ne dérogent pas à la règle. Ils se préparent à entrer en campagne contre la relance du nucléaire, alors que le peuple se prononcera prochainement sur la construction de nouvelles centrales. Une stratégie que la Finlandaise juge contre-productive.
Le gaz, un mal bien pire que le nucléaire
« En Suisse, si on renonce au nucléaire, il y a de fortes chances qu'on doive recourir au gaz, surtout en hiver. Et ça, c'est bien pire pour le climat. J'espère simplement qu'on pourra en finir avec cette polémique autour des sources d'énergie propre et se concentrer sur l'abandon des énergies fossiles, car c'est là le véritable problème », lance-t-elle.
Une mise en garde qui résonne particulièrement dans un pays où la dépendance hivernale aux importations d'électricité et de gaz est une préoccupation récurrente. Pour Tea Törmänen, la Suisse gagnerait à s'inspirer du pragmatisme finlandais.
Les déchets nucléaires : une question politique, pas technique
Sur la question des déchets, l'élue verte se veut rassurante. « La Finlande a eu le premier site de stockage définitif au monde », rappelle-t-elle. D'abord opposés au projet, les Verts finlandais l'ont finalement soutenu.
« Nous disposons d'une solution sûre pour les déchets. C'est vraiment une question politique. Ce n'est pas un thème scientifique ou technique, car de ce point de vue, il peut être résolu », affirme-t-elle. Et d'ajouter : « Même Greenpeace en Finlande a déclaré que c'était une bonne solution pour les déchets. »
Coûts : le mauvais exemple d'Olkiluoto 3
La plus récente centrale finlandaise, Olkiluoto 3, a coûté onze milliards d'euros, soit près de quatre fois le budget initial. Un dépassement que Tea Törmänen relativise : « C'était le premier projet du genre. Quand on construit quelque chose pour la première fois, cela coûte toujours plus cher que prévu. »
Elle estime qu'avec la pratique, les coûts baisseront. « Nous avons perdu l'envergure nécessaire pour y arriver, car nous n'avons pas construit depuis très longtemps. Il s'agit simplement de construire le même type de réacteur encore et encore. On observe le même phénomène avec l'énergie solaire et éolienne. Lorsqu'on construit davantage, les coûts baissent. Je ne pense pas que l'énergie nucléaire fasse exception à la règle », conclut-elle.
Une leçon de pragmatisme pour la Suisse
Alors que le débat suisse sur le nucléaire s'annonce vif, l'exemple finlandais montre qu'une écologie de raison est possible. Loin des postures idéologiques, Tea Törmänen incarne une approche fondée sur les faits et les compromis démocratiques. Un modèle qui pourrait inspirer les décideurs helvétiques, attachés à la neutralité et à l'efficacité.
« En Suisse, si on renonce au nucléaire, il y a de fortes chances qu'on doive recourir au gaz, surtout en hiver. Et ça, c'est bien pire pour le climat. »
Propos recueillis par Renaud Malick et Thibaut Schaller