Anne Pitteloud démonte le mythe du génie littéraire dans «Fille de»
Dans son premier roman «Fille de», Anne Pitteloud s'attaque à l'archétype du grand écrivain. L'histoire de Chloé, dont le père décédé laisse derrière lui des manuscrits vides, interroge notre rapport à la légitimité artistique et à l'héritage. Un récit incisif qui résonne avec les débats actuels sur la place des femmes dans le monde des lettres.
Un mensonge découvert aux funérailles
Christian Monnay, figure respectée de la littérature, s'éteint après trente ans de retraite créative. Sa fille Chloé découvre alors que les précieux manuscrits, attendus par tout le microcosme éditorial, ne contiennent que des pages blanches. Le choc est total pour la jeune femme, qui voit s'effondrer l'image d'un père qu'elle croyait connaître.
«Le mensonge de mon père transformait le regard que je portais sur mon passé, sur toute ma vie même, sur la manière dont je m'étais construite. Il ébranlait toute mon ossature de nuits et de récits.»
L'engrenage de l'imposture
Pressée par sa mère aveugle qui réclame la lecture des romans tant attendus, Chloé improvise. Elle lit son propre manuscrit, jamais publié, puis le confie à l'éditeur Richard Berlioz. Le texte, publié sous le nom du père et auréolé de son prestige, rencontre un succès immédiat. La jeune femme doit alors assumer un double jeu pervers, consciente que sa notoriété repose sur un mensonge.
Anne Pitteloud, responsable de la rubrique littéraire au quotidien genevois Le Courrier, confie sa fascination pour ces mécanismes: «J'ai toujours été intriguée par les histoires de doubles, d'impostures, de faux-semblants. Cela crée des personnages très intéressants sur un plan romanesque. Avec des failles, des secrets, des zones d'ombre.»
Un écho aux réalités contemporaines
L'intrigue fait un clin d'œil ironique à notre époque, où trop de femmes peinent encore à se sentir légitimes dans leurs entreprises. Le roman explore cette figure écrasante du «grantécrivain», néologisme popularisé par Dominique Noguez, et la malédiction d'une jeune femme piégée par une image mystifiante.
Un roman déjà salué par la critique
«Fille de» est sélectionné pour plusieurs prix prestigieux, dont le Prix du Roman FNAC, le Prix du Livre de la Ville de Lausanne et le Prix Envoyé par la Poste. L'autrice sera présente à la 17e édition du festival Le livre sur les quais à Morges, du 4 au 6 septembre 2026.
Anne Pitteloud, «Fille de», éd. Finitude, août 2026.