Genève: la droite veut alléger l'impôt sur la fortune de 20%
La commission fiscale du Grand Conseil genevois a voté mardi une réduction de 20% du taux d'imposition sur la fortune. Soutenue par la droite, cette mesure provoque une levée de boucliers à gauche, qui promet déjà un référendum si le Parlement venait à l'adopter.
Ce vote intervient une semaine avant la présentation par le canton d'un plan d'économies. Pour la droite, cette baisse d'impôt n'est pas incompatible avec les efforts d'assainissement budgétaire. Le canton n'aurait pas un problème de revenus, mais de dépenses, estime-t-elle. Le député PLR Vincent Subilia, également directeur de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève, justifie cette mesure par la nécessité de corriger un traitement fiscal jugé pénalisant.
«Genève est le canton qui connaît le traitement fiscal le plus péjorant de la fortune, à commencer par celle des entrepreneurs. Le vote d'hier est simplement un correctif pour ramener Genève à l'équilibre et éviter que, parce que le canton est moins attractif que d'autres, certains migrent sous d'autres latitudes et fassent perdre des revenus et des emplois à Genève», note-t-il.
Il précise que cette mesure ne concerne pas uniquement les grandes fortunes. Les petits entrepreneurs, comme les coiffeurs ou les boulangers, seraient également pénalisés par l'imposition importante de l'outil de travail.
La gauche dénonce des arguments erronés
Pour la gauche, ces arguments sont faux. Elle s'appuie sur des chiffres montrant que le nombre de millionnaires ne cesse d'augmenter à Genève. Le député socialiste Sylvain Thévoz estime que c'est la stabilité et la sécurité du canton qui attirent ces grandes fortunes, et non l'inverse.
«Ça fragiliserait l'Etat, la sécurité, les prestations publiques et on risque d'avoir un délitement des conditions cadres qui font la force de Genève. C'est une balle dans le pied. C'est vraiment un très mauvais signal qu'envoie cette droite lors de la commission fiscale», souligne-t-il.
Une mauvaise surprise pour la ministre des finances
Cette éventuelle baisse d'impôt ne serait pas pour tout de suite. Elle doit encore être votée par l'ensemble du parlement genevois, et la gauche promet déjà un référendum en cas de oui.
Le timing de ce vote interpelle la conseillère d'Etat en charge des finances, Nathalie Fontanet. Le canton doit présenter la semaine prochaine un budget 2027 fortement déficitaire ainsi qu'un plan d'économies de 500 millions de francs.
«Je crains un durcissement des différentes positions, déplore la ministre PLR, avec d'un côté la droite qui baisse les revenus alors qu'on est dans un moment charnière dans lequel l'équilibre financier n'est pas atteint, et de l'autre la gauche qui ne va pas hésiter à augmenter encore les charges alors même que celles-ci sont déjà importantes.»
La ministre rappelle que le canton vit déjà une année 2026 sans budget, celui-ci ayant été refusé par le parlement. «Et ceux-là mêmes qui refusent de voter des budgets déficitaires vont accentuer le déficit en adoptant une baisse d'impôts», analyse-t-elle.
Des baisses d'impôts déjà acceptées par le peuple
Nathalie Fontanet rappelle également que la population genevoise a déjà accepté deux baisses fiscales, l'une sur le revenu en 2024 et l'autre sur la fortune en 2023.
«Deux baisses qui ont eu des effets financiers que le canton doit absorber. Ces baisses étaient possibles suite aux très nombreux bénéfices que nous avions eus pendant quelques années. Aujourd'hui, la situation financière n'est plus la même et nous devons être très attentifs.»
Le débat promet d'être vif au parlement genevois, entre une droite convaincue de la nécessité de restaurer l'attractivité fiscale du canton et une gauche déterminée à préserver les recettes de l'Etat et les prestations publiques.
Quel impact pour les contribuables genevois?
Si cette baisse de 20% était adoptée, elle concernerait l'ensemble des contribuables soumis à l'impôt sur la fortune. Les détenteurs de petites et moyennes fortunes verraient également leur charge fiscale diminuer, même si l'essentiel de l'effet budgétaire se concentrerait sur les plus gros patrimoines.
Un référendum annoncé en cas d'adoption
La gauche a d'ores et déjà annoncé qu'elle lancerait un référendum si le parlement adoptait cette mesure. Le peuple genevois pourrait donc être appelé aux urnes, comme il l'a déjà été à deux reprises ces dernières années sur des objets fiscaux.