Secte Methernitha: le documentaire qui brise l'omerta
La Suisse découvre une page sombre de son histoire. La réalisatrice Marina Klauser signe 'Les faiseurs d'anges', une série documentaire en quatre épisodes qui lève le voile sur la communauté sectaire de la Methernitha, établie à Linden, dans l'Emmental bernois. Cofinancée par la RTS, la RSI et la SRF, cette enquête donne la parole aux survivantes.
Un secret de famille au cœur de l'enquête
Pour Marina Klauser, ce projet est intime. Il y a huit ans, son père évoque pour la première fois son enfance. La réalisatrice découvre alors que ses grands-parents étaient membres externes de la secte et que sa tante y a vécu quinze ans. 'Ma tante m'a raconté son histoire, qu'elle avait subi des abus sexuels et qu'elle avait été vénérée comme un ange sans le vouloir. J'étais sous le choc, mais aussi fière, car j'ai compris qu'elle avait initié le procès contre Paul Baumann', confie-t-elle.
Face à la complexité des témoignages, le format court est abandonné. Une série de quatre épisodes s'impose pour restituer toute l'ampleur du drame.
Un prédateur derrière une façade utopique
Fondée en 1960 par Paul Baumann, la Methernitha attire des familles en quête d'idéal communautaire. Derrière cette façade, un système d'abus sexuels systématiques sur des jeunes filles. Le fondateur promettait aux adolescentes qu'elles deviendraient des 'anges' après un processus de 'purification'. Un euphémisme pour désigner viols et avortements forcés.
Condamné en 1976 à sept ans de prison pour agression sexuelle sur mineur, Paul Baumann reprend la tête de la communauté cinq ans plus tard. Il abuse en toute impunité jusqu'à sa mort en 2011. Marina Klauser est amère: 'Les autorités n'ont pas protégé les enfants. Ni la commune de Linden, ni la Methernitha n'ont le droit d'oublier cette histoire.'
Une grammaire visuelle pour dire l'indicible
La réalisation a pris plus de quatre ans. Retrouver les victimes, souvent mariées ou installées à l'étranger, fut complexe. La commune de Linden et les membres actuels de la secte ont refusé de participer. Face à l'absence d'archives et refusant toute reconstitution voyeuriste, Marina Klauser adopte le point de vue de l'enfance. Paul Baumann, fasciné par l'Égypte ancienne, y apparaît comme un scarabée dans une maison de poupée.
'Je ne voulais pas donner trop de place à Paul Baumann ni recréer des violences. J'ai pris la place d'un enfant qui n'a pas les mots pour décrire les abus', explique-t-elle.
Une œuvre nécessaire, disponible sur Play RTS depuis le 24 août 2026.