Météo: les orages resteront imprévisibles, mais les étés extrêmes se multiplieront
L'été 2026 restera dans les annales. Il surpasse déjà 2003 dans la plupart des domaines, et les scientifiques assurent que d'autres étés extrêmes nous attendent. Gaudenz Flury, responsable de SRF Météo, analyse les défis de la prévision et les limites des applications.
Les vagues de chaleur successives ont fait naître un espoir: celui de voir enfin la pluie et les orages rafraîchir l'atmosphère. Mais les prévisions annoncées ne se sont pas toujours réalisées, laissant de nombreux citoyens déçus. Pour comprendre ce décalage entre les annonces et la réalité, Tribune Alpine s'est entretenu avec Gaudenz Flury, responsable de SRF Météo depuis juin.
L'été 2026 dépasse-t-il réellement celui de 2003?
Oui, dans la très grande majorité des domaines. De nouveaux records ont été enregistrés presque partout au nord des Alpes, avec notamment 39,7 degrés à Bâle. Les journées caniculaires, les nuits tropicales, la sécheresse et les niveaux des lacs dépassent également les valeurs de 2003. Seule la température maximale absolue mesurée en Suisse n'a pas été battue. Et l'été n'est pas encore terminé.
Les étés extrêmes vont-ils se multiplier?
Selon les sciences du climat, nous sommes assurés d'en connaître non seulement un troisième ou un quatrième, mais encore beaucoup d'autres. Il y aura probablement des étés plus extrêmes que celui-ci. Toutefois, tous les étés ne seront pas comme celui-ci: des étés pluvieux et plus frais reviendront.
Pourquoi les orages sont-ils si difficiles à prévoir?
Gaudenz Flury utilise une image parlante: «Les orages, c'est comme du pop-corn dans une poêle. Vous avez de l'huile, des grains de maïs et de la chaleur. Les conditions sont réunies et c'est une certitude que les grains éclateront, mais il est impossible de prédire exactement lequel éclatera à quel moment.» Dès que le premier grain éclate, il influence ceux qui se trouvent à côté.
Cette incertitude explique pourquoi une probabilité de pluie de 70% ne signifie pas qu'il va forcément pleuvoir. Les personnes qui attendent désespérément la pluie ne regardent que dans leur propre jardin et voient l'orage passer à leur gauche ou à leur droite. Or, il y a beaucoup plus de surface autour d'elles qu'au point précis où elles se trouvent.
Les applications météo sont-elles fiables?
Flury recommande de ne pas se fier uniquement aux illustrations et au radar. «Je recommande de lire aussi notre texte. Nous y écrivons, par exemple, que des orages locaux sont possibles l'après-midi au-dessus des Alpes ou qu'ils ne devraient se produire que très localement en plaine. Ce sont des informations bien plus précises.»
Quelles sont les limites des modèles météorologiques?
Les modèles à long terme sont utiles pour dégager une tendance, mais inutiles pour planifier concrètement son été. L'été dernier, par exemple, a été globalement plus chaud que la normale, mais trois semaines de fraîcheur et de pluie ont donné l'impression d'un été pourri.
La puissance de calcul supérieure permet d'améliorer la résolution et d'effectuer des prévisions d'ensemble. Au lieu de faire tourner une seule fois un modèle, on modifie légèrement l'état initial et on exécute le modèle 50 fois. On obtient alors des probabilités: quelle est la probabilité qu'il tombe 30, 50 ou 80 millimètres de pluie en 24 heures?
Le changement climatique, un élément incontournable
Lorsque l'on prononce les mots «changement climatique», des courriels arrivent. Il faut trouver le juste équilibre. Pour Flury, la principale leçon de cet été est que «nous devrions, en tant que société, écouter la science. Les climatologues nous mettent en garde depuis des décennies contre les phénomènes que nous avons vécus cet été.»
El Niño n'est pas responsable des vagues de chaleur actuelles, son influence sur l'Europe étant trop faible. Des études seront publiées dans les prochains mois pour identifier les moteurs de ce phénomène.
Quelles solutions pour se protéger de la chaleur?
Flury recommande d'abord les mesures passives: aérer correctement et se protéger du soleil. Un paravent solaire constitue peut-être un investissement plus judicieux, moins cher et plus écologique qu'un climatiseur. Pour un appartement sous les combes sans autre solution, la climatisation peut se justifier, si possible associée à des panneaux photovoltaïques.
Quant aux réactions négatives, elles font partie du métier. «Nous recevons toute une gamme de réactions, des plus correctes aux plus méchantes. Les attentes jouent un rôle important: lorsque tout le monde attend la pluie, les gens réagissent plus vivement si elle a été annoncée et qu'elle ne tombe pas chez eux.»