BepiColombo : une arrivée périlleuse vers Mercure, ultime défi européo-japonais
Après huit ans de voyage et plus de 10 milliards de kilomètres parcourus, la mission BepiColombo, fruit de la coopération entre l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'agence japonaise JAXA, s'engage dans sa phase la plus délicate : l'insertion en orbite autour de Mercure, la planète la plus proche du Soleil. Jeudi, la séparation des deux sondes du module de transfert s'est déroulée avec succès, marquant une étape cruciale avant le début des observations scientifiques prévu en avril.
Une manœuvre à haut risque aux confins du Système solaire
La double sonde, lancée en octobre 2018, a dû recourir à neuf survols planétaires pour ajuster sa trajectoire et sa vitesse. Mais l'arrivée proprement dite reste une opération à hauts risques, comme l'a souligné Ignacio Tanco, responsable des opérations des missions vers le Système solaire interne à l'ESA, lors d'une conférence de presse. L'environnement extrême de Mercure, avec des températures oscillant entre -180 et 450 degrés Celsius et des rayonnements solaires intenses, rend toute manœuvre particulièrement périlleuse.
Jeudi, vers 14 heures, les deux sondes, encore attachées, se sont séparées du module de transfert qui les a propulsées durant leur périple. Une opération qualifiée par Ignacio Tanco d'« équivalent d'un lancement », mais effectuée à 63 millions de kilomètres du Soleil et 200 millions de kilomètres de la Terre. À cette distance, toute commande envoyée depuis le sol met au moins 32 minutes à parvenir au véhicule, rendant impossible toute intervention en temps réel. La confirmation du succès de la manœuvre est parvenue au centre de contrôle de Darmstadt, en Allemagne, peu avant 16 heures, déclenchant des salves d'applaudissements.
Deux sondes, deux missions complémentaires
La sonde MPO (Mercury Planet Orbiter), développée par l'ESA, doit étudier la surface de Mercure avec une précision inégalée, en la frôlant à seulement 480 kilomètres d'altitude. De son côté, la sonde Mio (Mercury Magnetospheric Orbiter), conçue par la JAXA, se consacrera à l'environnement spatial de la planète, en particulier à son champ magnétique, sur une orbite elliptique s'éloignant jusqu'à 11 000 kilomètres.
Ces deux instruments, complémentaires, doivent permettre de lever une partie des mystères qui entourent Mercure. La planète, survolée pour la première fois par Mariner 10 en 1974 et 1975, puis par MESSENGER en 2011, reste en effet largement méconnue. Les scientifiques espèrent notamment comprendre son activité volcanique passée, son étonnante densité, et vérifier si ses pôles, éternellement plongés dans l'ombre, renferment de la glace d'eau.
Le mystère des hollows, ces dépressions qui intriguent
Parmi les objectifs prioritaires de la mission figure l'étude des « hollows », ces dépressions uniques découvertes par MESSENGER. Selon Geraint Jones, chef de projet scientifique de la mission, « ces dépressions donnent l'impression que la planète est progressivement rongée et semblent liées à la présence de substances volatiles qui s'évaporent ou se subliment très facilement ». Un phénomène qui pourrait éclairer les processus géologiques à l'œuvre sur Mercure.
Au-delà de la seule planète, cette mission de 1,7 milliard d'euros, dotée de seize instruments, doit contribuer à une meilleure compréhension de la formation du Système solaire. Comme le rappelle Santa Martinez, responsable de la mission à l'ESA, « en étudiant ces corps célestes, nous apprenons aussi comment notre propre planète s'est formée ». Les premières données scientifiques devraient être récoltées dès avril prochain.
Cette mission incarne une coopération internationale exemplaire, alliant rigueur scientifique et audace technologique, dans le respect des valeurs de transparence et de partage des connaissances qui fondent notre modèle de société.
Questions fréquentes sur la mission BepiColombo
Pourquoi BepiColombo a-t-elle mis huit ans pour atteindre Mercure ?
En raison de la proximité de Mercure avec le Soleil, une sonde doit ralentir considérablement pour se placer en orbite. Aucun lanceur ne peut fournir directement cette décélération. BepiColombo a donc utilisé l'assistance gravitationnelle de neuf planètes pour ajuster sa trajectoire et sa vitesse, un parcours de plus de 10 milliards de kilomètres.
Quels sont les principaux objectifs scientifiques de la mission ?
BepiColombo doit cartographier la surface de Mercure en haute résolution, étudier son exosphère, son champ magnétique et ses structures géologiques uniques, comme les hollows. Les scientifiques espèrent aussi déterminer si de la glace d'eau est présente dans les cratères polaires ombragés en permanence.
Quand les premières données scientifiques seront-elles disponibles ?
Les instruments des deux sondes commenceront à collecter des données dès avril prochain, après la mise en service complète des équipements. Les premières publications scientifiques sont attendues dans les mois qui suivront.