Marc Lüthi face aux défis du hockey suisse
Marc Lüthi a été élu jeudi président du conseil d'administration de la Fédération suisse de hockey sur glace (SIHF) par 42 voix contre 6. Un score éclatant, certes. Mais le fait qu'il soit déjà le quatrième homme à occuper cette fonction en deux ans en dit long sur l'ampleur de la tâche.
Ancien patron du CP Berne pendant 28 ans, Lüthi connaît les arcanes du hockey helvétique. Il devra toutefois composer avec une réalité nouvelle: à la tête de la fédération, il ne pourra plus agir en seul maître à bord. Sa marge de manœuvre dépendra de sa capacité à nouer des alliances et à réunir des majorités.
Une fédération aux intérêts multiples
La SIHF est une PME réalisant un chiffre d'affaires annuel de plus de 30 millions de francs. Ses structures doivent tenir compte des intérêts du hockey de formation, amateur et féminin (NAFS), au même titre que ceux du sport d'élite. Les statuts prévoient que le conseil d'administration soit composé à parts égales de représentants de la National League, de la Swiss League et de la NAFS.
Pour ses détracteurs, ce système n'est plus adapté. Ils reprochent aux membres du conseil d'administration d'être avant tout des représentants d'intérêts, avec un esprit de clocher et une mentalité du «chacun pour soi». Des initiés assurent que les jeux de pouvoir et les intrigues sont monnaie courante. Autre problème: certaines personnes seraient amenées à prendre des décisions dans des domaines dont elles ne maîtrisent que partiellement les enjeux.
Le conseil d'administration compte désormais sept membres: Marc Lüthi, le CEO des ZSC Lions Peter Zahner, le président de Viège Stefan Volken, ainsi que Marc-Anthony Anner, Marc Affolter, Kathrin Lehmann et Sacha Thür pour la NAFS. Lors des décisions, les voix sont réparties de manière paritaire entre les milieux professionnel et amateur.
Des ponts déjà jetés
Durant la campagne électorale, Marc Lüthi est parvenu à convaincre 18 des 24 représentants de la NAFS, en plus des 24 délégués des clubs professionnels. Vendredi, lors de sa première conférence de presse, il a attribué une partie de ce succès au vice-président Marc-Anthony Anner, qui s'était pourtant fermement opposé à sa candidature lors des assemblées régionales. Le ton a radicalement changé: «Je suis convaincu que tout ira bien avec Marc», a déclaré Anner.
Des finances sous tension
Les relations entre la fédération et la puissante National League, qui peut fermer le robinet financier à tout moment, se sont encore détériorées ces dernières années. La SIHF est soupçonnée de dépenser trop généreusement l'argent qu'elle reçoit en grande partie de la Ligue. Les frais de personnel auraient augmenté de quatre millions de francs alors que le chiffre d'affaires n'aurait progressé que d'environ trois millions.
Le nouveau logo, la nouvelle identité visuelle et le nouveau site internet, jugé peu convaincant, ont suscité de nombreuses critiques. Selon certaines sources, l'ensemble aurait coûté 400'000 francs. Une somme qui aurait sans doute pu être utilisée à meilleur escient.
Marc Lüthi dit vouloir une «fédération plus agile et plus légère». Lui-même percevra une rémunération annuelle de 90'000 francs, à laquelle s'ajouteront 30'000 francs de frais forfaitaires.
Le CEO Martin Baumann dans la tourmente
Le président ne dirige pas les affaires courantes. Cette responsabilité revient au CEO Martin Baumann, en fonction depuis bientôt deux ans. L'ancien directeur de la Champions Hockey League fait l'objet de vives critiques. Une tentative visant à le démettre avait déjà échoué sous la présidence d'Urs Kessler.
L'ambiance au siège de la fédération à Glattbrugg serait à nouveau exécrable. Une situation qui avait déjà poussé Patrick Fischer, entraîneur de l'équipe nationale, à suggérer au président de l'époque, Stefan Schärer, de démissionner: «Je pense que ce serait mieux pour tout le monde si tu partais.»
La Swiss League, le plus grand casse-tête
La Swiss League ne compte plus que dix équipes depuis le départ de Winterthour. L'ancienne Ligue nationale B a été considérablement affaiblie par les promotions d'Ajoie et de Kloten pendant le Covid, sans qu'aucune équipe ne soit reléguée. La National League est passée à 14 équipes, une évolution qui semble irréversible: les clubs de l'élite n'ont aucune envie de s'exposer au risque d'une relégation.
Presque tout le monde s'accorde à dire que, dans l'intérêt général du hockey suisse, une élite limitée à une douzaine de clubs serait préférable. En affirmant vendredi qu'il fallait «repartir de zéro», Marc Lüthi a clairement montré qu'il ne portait désormais plus la casquette du CP Berne.
Mais Lüthi n'est pas le président américain Donald Trump, capable de rebaptiser sur un coup de tête le lac Ontario. Il ne peut pas décider seul de la taille des ligues. Cette compétence appartient à ses anciens collègues de la National League.
S'il parvenait à les convaincre de réduire le nombre d'équipes dans l'élite et à remettre la Swiss League sur les rails, ce serait sans doute un exploit encore plus grand que les sept titres de champion remportés avec le CP Berne. Mais cela ne réglerait pas tous les problèmes du hockey suisse. Il reste encore d'importants chantiers, notamment dans le hockey féminin et dans la formation des jeunes.
Questions fréquentes
Qui est Marc Lüthi?
Marc Lüthi est le nouveau président du conseil d'administration de la Fédération suisse de hockey sur glace. Il a dirigé le CP Berne pendant 28 ans avant de prendre cette fonction.
Quels sont les principaux défis de la SIHF?
La fédération doit gérer des tensions entre les clubs professionnels et amateurs, des critiques sur ses dépenses, et la situation difficile de la Swiss League qui ne compte plus que dix équipes.
Combien gagne le président de la SIHF?
Marc Lüthi percevra une rémunération annuelle de 90'000 francs, à laquelle s'ajouteront 30'000 francs de frais forfaitaires.