Un chauffeur de CarPostal argovien, Roger Theiler, doit réunir 20 000 francs de sa poche pour financer un traitement qui pourrait lui rendre la vue, sa caisse maladie refusant toute prise en charge. L'homme, frappé en mai 2026 d'un infarctus du nerf optique, a perdu son permis de conduire les transports de personnes et avec lui son métier.
Le cas, révélé le 5 novembre 2026 par 20 Minuten, pose une question embarrassante pour le système de santé suisse : que vaut une thérapie innovante quand ni l'assurance de base ni l'assurance complémentaire n'en veulent ?
Un matin de mai, la vue se brouille
Le 22 mai 2026, Roger Theiler se lève et constate que son œil gauche voit mal. Il pense d'abord à une irritation bénigne et rince son œil. Rien n'y fait.
« Comme il n'y avait pas d'amélioration au cours de la journée, j'ai commencé à m'inquiéter. Pourtant, j'ai pris mon service l'après-midi comme prévu », raconte-t-il au média suisse alémanique. Le lundi 25 mai, il prend place pour la dernière fois au volant d'un CarPostal, sans le savoir.
Le lendemain, un ophtalmologue de Frick découvre l'urgence et l'envoie à l'hôpital cantonal d'Aarau. Le diagnostic tombe : un infarctus du nerf optique, de type N-AION. Son champ visuel est durablement réduit et ne répond plus aux exigences légales pour conduire des voyageurs.
Une thérapie prometteuse, mais hors catalogue
L'hôpital universitaire de Zurich lui a annoncé que son œil gauche ne se rétablirait probablement pas assez pour reprendre le volant. Mais une clinique zurichoise voit dans la stimulation électrique du nerf optique, avec le dispositif Eyetronic, une option sérieuse. Le professeur qui a examiné son dossier estime qu'une amélioration, voire une guérison, est envisageable.
Reste le financement. La caisse maladie classe le traitement parmi les « prestations non obligatoires » de l'assurance de base. L'assurance complémentaire de Roger Theiler ne le couvre pas non plus. « Je dois donc financer cela moi-même si je veux à nouveau conduire un bus », lâche-t-il, abattu.
Chaque cycle coûte environ 5000 francs et comprend dix séances sur 20 jours. Jusqu'à la guérison, il pourrait en falloir quatre, soit 20 000 francs au total. Un premier traitement est prévu le 25 janvier 2027.
Le point de rupture de la LAMal
Le principe de la loi sur l'assurance-maladie est simple : l'assurance de base couvre ce qui est efficace, approprié et économique. Le problème est qu'elle laisse les malades porteurs d'espoirs thérapeutiques nouveaux dans une zone grise. La stimulation électrique du nerf optique n'a pas (encore) convaincu les autorités sanitaires de son efficacité suffisante pour figurer au catalogue des prestations.
On peut défendre ce triage : la collectivité ne peut pas financer chaque approche expérimentale, et la facture des primes, qui pèse déjà sur les ménages, imposerait des limites. Mais on peut aussi pointer l'absurdité d'un système qui abandonne à la charité privée un travailleur qui veut se soigner pour retravailler. La frontière entre innovation prouvée et innovation prometteuse mériterait des procédures d'évaluation plus rapides et plus transparentes.
Un chauffeur attaché à ses passagers
Roger Theiler conduisait la ligne CarPostal entre Aarau et Frick, ainsi que des voyages en bus à travers l'Europe. Ses passagers lui manquent, dit-il, autant que son entreprise.
« Je suis chauffeur de tout cœur et je veux faire sourire mes passagers. Chaque trajet doit être spécial », confie-t-il. Il fabrique des petits cadeaux en bois et distribue des biscuits à bord. « Depuis que j'exerce ce métier, je ne
