Faux shopping en ligne : la gratuité a un prix caché
Une plateforme où l'on remplit son panier sans jamais payer ni recevoir sa commande : le « faux shopping » séduit de plus en plus d'internautes. Ces sites, conçus pour procurer une satisfaction immédiate, se multiplient à l'international. Mais derrière la promesse de gratuité se cachent des motivations commerciales bien réelles.
Qu'est-ce que le « faux shopping » en ligne ?
Ces plateformes reproduisent l'expérience d'achat en ligne : sélection de produits, délais de livraison affichés, étoiles de satisfaction. Tout y est, sauf le paiement et la livraison. Les psychologues qualifient ces sites de « sites à dopamine », car le simple fait d'envisager un achat plaisant déclenche une sensation de bien-être.
Originaires de Corée du Sud, ces plateformes se sont récemment étendues à l'étranger, notamment dans le domaine de la fausse commande de nourriture.
Quels sont les risques pour les utilisateurs ?
Comme souvent sur internet, rien n'est réellement gratuit. Olivier Crochat, directeur exécutif du Centre pour la confiance numérique de l'EPFL, met en garde : « Il peut y avoir quand même pas mal de siphonnage de données privées en termes d'adresses IP, de profils par Google ou par d'autres qui ont des moyens de récupérer ces informations. »
Le spécialiste résume la situation : « Il y a clairement une motivation commerciale derrière ces sites, donc il doit y avoir de l'argent qui est récupéré. »
Comment ces sites génèrent-ils des revenus ?
Le modèle économique repose sur l'économie de l'attention. Les internautes passent du temps à remplir leur panier, exposés à des publicités ciblées grâce à l'utilisation de leurs données. « Pour une entreprise qui veut faire de la publicité pour ses propres produits, on a un marché de gens qui sont plus enclins à acheter des produits online. C'est une cible prioritaire », analyse Olivier Crochat.
Une tendance née en Corée du Sud
Le Korea Times a relevé fin mai cette nouvelle tendance qui séduit les jeunes Coréens. Un de ces sites « indique les délais de livraison et met des étoiles de satisfaction, ce qui donne l'impression d'utiliser une véritable application » de commande de nourriture. Pour les utilisateurs, l'intérêt est clair : « le site offre la satisfaction de commander à manger sans en payer le prix ». Ils décrivent ces sites comme de courtes pauses qui les aident à se ressourcer.
L'intelligence artificielle accélère le phénomène
Les développeurs ont repéré l'intérêt et des « sites à dopamine » sont désormais accessibles en anglais dans de nombreux pays. foodnevercomes.com (« la nourriture n'arrive jamais ») se présente comme « un petit rituel apaisant et sans culpabilité pour les envies de grignoter tard le soir ». Le site a été mis en ligne par NeuroX AI, qui transforme en logiciels des prototypes créés par intelligence artificielle.
Dans le même registre, fakeats.com propose plus de 100 faux restaurants et plus de 600 faux menus, tous créés avec IA. Le site a été lancé par Neil Belot, « une personne qui ne sait pas coder, dirigeant des agents IA ». Il a même imaginé un événement fictif, le Global Council on Consumer Wellness Technology 2026, avec des photos également générées par IA.
Que faut-il retenir de cette tendance ?
Le « faux shopping » illustre une nouvelle facette de l'économie de l'attention. Si l'expérience peut sembler anodine, elle n'est pas sans contrepartie. La collecte de données personnelles et l'exposition publicitaire ciblée constituent le véritable prix de cette gratuité apparente. Les utilisateurs avertis feraient bien de peser les bénéfices d'un plaisir éphémère contre les risques liés à la protection de leurs données privées.