Ce dimanche 27 septembre, les citoyens de plusieurs cantons alémaniques se sont prononcés sur des sujets aussi variés que la limitation de vitesse, l'abaissement de l'âge du droit de vote, l'extension de l'aide au suicide ou encore la vidéosurveillance. Tour d'horizon des décisions souveraines, canton par canton.
Schaffhouse : les zones à 30 km/h restent possibles
Le canton de Schaffhouse a refusé de restreindre drastiquement l'extension des zones à 30 km/h. L'initiative populaire de l'UDF, très restrictive, a été rejetée à 53,3 %, tout comme le contre-projet des autorités, refusé à 53,7 %. La participation a atteint 67,6 %.
L'initiative visait à maintenir la limite de 50 km/h sur les routes principales, à interdire les aménagements physiques de ralentissement et à inscrire les exceptions dans le plan directeur cantonal. Le contre-projet reprenait le principe de base, mais sans soumettre les exceptions à une telle condition, tout en écartant l'interdiction des aménagements de ralentissement pour des raisons de sécurité.
Ce choix schaffhousois contraste avec les durcissements récents opérés à Zurich et à Saint-Gall. En décembre dernier, le Grand Conseil fribourgeois a également ancré dans la loi le principe des 50 km/h sur les routes principales, avec dérogations possibles. À Bâle-Campagne, les votants ont au contraire rejeté, au printemps, toute restriction de la compétence communale en la matière.
Grisons : non clair au vote dès 16 ans
Les citoyens grisons ont refusé à 67,42 % l'introduction du droit de vote dès 16 ans, malgré le soutien des autorités à cette révision constitutionnelle. Le taux de participation s'est établi à 45,09 %.
Les opposants, issus principalement de l'UDC et du PLR, ont fait valoir que les adolescents de 16 et 17 ans n'ont pas la maturité politique et sociale nécessaire pour des décisions complexes, et qu'ils seraient plus facilement influençables, notamment via les réseaux sociaux. Au parlement, la gauche et une majorité du Centre et du PLR avaient soutenu le projet, qui excluait le droit d'éligibilité. Le Grand Conseil l'avait approuvé par 73 voix contre 34.
Glaris demeure le seul canton à avoir innové en la matière, grâce à une décision surprise de sa Landsgemeinde en 2007. Bâle-Ville a récemment approuvé une modification constitutionnelle en ce sens, mais les citoyens auront le dernier mot. D'autres tentatives ont échoué, que ce soit dans les parlements (Genève en 2022) ou dans les urnes (Lucerne en 2025, Argovie en 2024, Berne et Zurich en 2022). Au niveau national, l'idée ne séduit pas : moins d'un quart de la population y est favorable, et une initiative parlementaire a échoué en février 2024.
Zurich : l'aide au suicide étendue aux EMS privés et aux hôpitaux
Le canton de Zurich devient le premier outre-Sarine à étendre l'accès au suicide assisté à l'ensemble des EMS, publics comme privés, ainsi qu'aux hôpitaux et cliniques de réadaptation. Les citoyens ont plébiscité à 68,11 % un contre-projet imposant aux établissements privés l'obligation de tolérer l'aide au suicide dans leurs murs. La participation a atteint 47,63 %.
Jusqu'ici, seuls les homes avec un mandat de prestations communal devaient autoriser le suicide assisté depuis 2023. Le contre-projet, qui reprend l'idée d'une généralisation de l'accès voulue par une initiative populaire retirée entre-temps, exclut les cliniques psychiatriques et les prisons. Zurich s'aligne ainsi sur les cantons de Vaud, Neuchâtel, Genève et du Valais, mais va plus loin en incluant les EMS privés.
Bâle-Ville : l'initiative « anti-casseurs » nettement rejetée
Le canton de Bâle-Ville maintient sa ligne face aux manifestations non autorisées. Les citoyens ont rejeté à 64 % l'initiative de l'UDC, dite « anti-casseurs », qui visait à faire payer aux « fauteurs de troubles » les frais de police et les dégâts. Les autorités n'auront pas à élaborer de concept pour réduire le nombre de manifestations non autorisées.
La majorité du parlement et le gouvernement avaient clairement rejeté le texte, sans lui opposer de contre-projet, ce que les initiants ont déploré. Les opposants soulignaient les incertitudes juridiques et les difficultés d'application pratique du texte.
Lucerne : la vidéosurveillance contre les hooligans ancrée dans la loi
Les fans de football seront désormais surveillés par des caméras lors de leurs cortèges et à l'entrée du stade à Lucerne. Les citoyens ont approuvé à 74,76 % le contre-projet des autorités, qui a été préféré à l'initiative du Centre contre la violence des hooligans (approuvée à 52,82 %, mais devancée par l'alternative des autorités à 58,84 % dans la question subsidiaire). La participation a atteint 48,73 %.
La vidéosurveillance sera désormais ancrée légalement lors des cortèges de fans et à l'entrée du stade. Le FC Lucerne, ou tout autre club atteignant l'élite, sera contraint de soutenir la prévention et le dialogue auprès de ses fans.
Quels enseignements pour la démocratie directe ?
Ces votations illustrent la diversité des choix cantonaux et la vitalité de la démocratie directe helvétique. Les citoyens font preuve de discernement, en refusant les solutions extrêmes tout en acceptant des avancées pragmatiques, comme à Zurich ou à Lucerne. La souveraineté populaire, exercée avec mesure, demeure le pilier de notre modèle de gouvernance partagée.