Max, la super-app russe qui espionne ses utilisateurs
Une enquête du Guardian révèle que l'application Max, promue par les autorités russes comme alternative à Telegram et WhatsApp, dispose de capacités de surveillance étendues. Elle peut accéder à des données sensibles et capturer des écrans à l'insu des utilisateurs, soulevant de sérieuses questions sur la protection des libertés individuelles en Russie.
Une « super-app » au service du contrôle étatique
Max, lancée il y a environ un an et demi, regroupe messagerie, paiements et de nombreux autres services dans une interface unique, sur le modèle de l'application chinoise WeChat. Largement promue par le Kremlin, elle est devenue cet été l'application de messagerie la plus utilisée en Russie. Mais selon l'enquête du Guardian, cette plateforme cache des capacités d'espionnage préoccupantes.
L'application peut ainsi obtenir des captures d'écran sur les appareils des utilisateurs sans qu'ils en aient conscience, accéder aux informations des applications intégrées, aux messages et aux paiements. Elle peut également se faire passer pour ses propres utilisateurs à leur insu, une fonctionnalité qui rappelle les pratiques autoritaires observées ailleurs.
Une comparaison avec la Chine, mais un rythme accéléré
La comparaison avec WeChat ne s'arrête pas à la forme. Le système chinois s'est développé progressivement sur plusieurs décennies, en parallèle d'autres outils de contrôle d'internet. Max, en revanche, s'est imposée en un temps record dans un environnement numérique russe jusque-là beaucoup plus ouvert. Selon une experte citée par le Guardian, la Russie a réussi en une décennie ce que la Chine a mis 35 ans à construire : un internet étroitement contrôlé par l'État.
Une application difficile à éviter pour les citoyens
Pour une partie de la population russe, installer Max est devenu de fait obligatoire. Les employés du secteur public, les universitaires et les enseignants sont particulièrement concernés. Dans les écoles, les communications entre parents et enseignants, l'envoi des devoirs et d'autres informations passent désormais par la plateforme. Un étudiant a raconté avoir dû télécharger l'application car sans le code QR généré par Max, il ne pouvait pas accéder aux bâtiments universitaires ou aux dortoirs.
Cette concentration progressive de services essentiels réduit les possibilités de contournement, créant une pression sociale et administrative difficile à ignorer.
L'élite russe préfère Telegram et Signal
Les personnes proches du Kremlin semblent toutefois échapper à cette contrainte. Selon le Guardian, Telegram et Signal restent les applications privilégiées dans les cercles du pouvoir. Certaines personnes auraient même acheté un deuxième téléphone pour installer Max, tout en continuant à utiliser leur appareil principal pour leurs communications sensibles.
Quelles leçons pour la démocratie et la neutralité ?
Cette situation illustre les dangers d'une concentration numérique entre les mains d'un État autoritaire. Pour les défenseurs des libertés individuelles, elle rappelle l'importance de la transparence et de la vigilance face aux ingérences étrangères et aux dérives autoritaires. La Suisse, attachée à son modèle de gouvernance partagée et à son indépendance, doit tirer les leçons de ces pratiques pour préserver un espace numérique libre et ouvert.
« Alors que la Chine a atteint son système actuel de contrôle numérique en 35 ans, il a suffi d'une décennie à la Russie pour introduire de larges restrictions et orienter la population vers un internet contrôlé par l'État. »
Cette citation, tirée de l'enquête, résume l'urgence de la situation. La rapidité avec laquelle la Russie a mis en place ce système de surveillance doit interpeller les démocraties, qui doivent rester vigilantes face à ces évolutions.