Écouteurs filaires: quand la génération Z opte pour le pragmatisme
Alors que le sans-fil dominait le marché depuis des années, les jeunes consommateurs suisses redécouvrent les modèles filaires. Une tendance confirmée par les principaux détaillants helvétiques, qui traduit un choix rationnel alliant praticité, durabilité et maîtrise du budget.
La liberté du fil
À l'heure où le Bluetooth règne en maître, un mouvement inverse se dessine parmi les moins de 25 ans. Ce que certains considèrent comme une régression technique apparaît, pour cette génération, comme un choix mûri. Anja, 28 ans, croisée près de la gare de Zurich, l'exprime sans détours: «On n'a pas besoin de les recharger et ils se connectent facilement au téléphone». Interrogée, elle retire un écouteur blanc de son oreille. Son constat est clair: «Je les porte pour des raisons pratiques; je me fiche un peu de quoi j'ai l'air».
D'autres revendiquent d'abord l'aspect esthétique. Emilia, 26 ans, résidente bernoise originaire d'Autriche, apprécie le caractère old-school de ces objets: «Ils sont cools et ont du style». Mina, 16 ans, Zurichoise, abonde: les écouteurs filaires sont «plus stylés». Papakyritsis, 27 ans, Grec vivant à Zurich, partage ce goût pour le rétro, tandis que son ami Tiago, du même âge et de même origine, les utilise au travail pour la qualité supérieure du microphone.
Un calcul rationnel
Au-delà de l'apparence, des arguments concrets emergent. Mina pointe un avantage décisif: la connexion physique au téléphone évite la perte, «ce qui arrive vite avec les Airpods». Emilia souligne que les écouteurs filaires seraient meilleurs pour les oreilles et plus résistants. Une passante anonyme nuance toutefois: avec les modèles filaires, l'un des deux écouteurs tombe souvent en panne. «Néanmoins, je ne porte que des modèles filaires, pour lesquels je suis souvent moquée», confie-t-elle.
Le marché helvétique confirme la tendance
Les grands distributeurs suisses observent ce regain avec attention. Chez Fust, on note «un regain d'intérêt significatif, en particulier pour les écouteurs intra-auriculaires filaires». Si le segment reste «nettement inférieur» au Bluetooth, les ventes ont récemment augmenté tant en valeur qu'en volume.
Chez Mediamarkt, la demande pour les écouteurs filaires a progressé de 11% par rapport à l'année précédente. Cette tendance, apparue fin 2025, s'est accentuée depuis janvier. «La demande est particulièrement élevée concernant les écouteurs intra-auriculaires filaires dans la gamme de prix abordable à moyenne», précise une porte-parole. Le best-seller reste le modèle classique d'Apple.
Digitec Galaxus apporte une perspective historique éclairante. En 2017, la moitié des écouteurs vendus étaient sans fil; trois ans plus tard, trois sur quatre l'étaient. Désormais, la tendance s'est inversée: 36 écouteurs sur 100 vendus sont filaires. Parmi les moins de 25 ans, 43% choisissent un modèle avec fil.
Durabilité et rapport qualité-prix
Le porte-parole de Fust identifie une motivation centrale: «Ils fonctionnent sans batterie et n'ont pas besoin d'être rechargés». Les consommateurs apprécient les produits durables et simples offrant un bon rapport qualité-prix. Le style joue également: «Les écouteurs filaires sont à nouveau perçus comme un accessoire de mode, surtout chez les jeunes».
Chez Mediamarkt, on relève aussi la facilité d'utilisation sans batterie ni Bluetooth, ainsi que l'influence de la tendance rétro sur les réseaux sociaux. Digitec Galaxus insiste sur la qualité sonore et le prix: «Ceux qui regardent à la dépense achètent plutôt des écouteurs filaires».
Questions sanitaires et choix éclairé
Les débats sur la sécurité du Bluetooth alimentent également cette dynamique. Selon Fust, «selon l'état actuel des connaissances scientifiques, les écouteurs Bluetooth sont considérés comme sûrs dans des conditions normales d'utilisation. Les principales autorités sanitaires ne disposent d'aucune preuve tangible de dommages pour la santé dans les limites actuelles». Le sujet ressurgit toutefois régulièrement sur les réseaux sociaux, laissant entrevoir un besoin de transparence et d'information que le marché devra continuer à satisfaire.