EasyJet dans le viseur des fonds américains : quel avenir pour Genève ?
Deux fonds d'investissement américains, Apollo et Castlelake, convoitent le contrôle d'EasyJet, première compagnie aérienne à l'aéroport de Genève. L'entreprise, pourtant en bonne santé financière, apparaît sous-évaluée en Bourse, ce qui en fait une cible de choix. Cette opération suscite des interrogations en Suisse, notamment sur l'avenir des liaisons genevoises et la souveraineté de notre hub aérien.
Pourquoi EasyJet attire-t-elle les investisseurs américains ?
L'offensive d'Apollo, qui a conclu début juillet un accord de principe pour racheter la compagnie britannique pour un peu plus de six milliards de francs, suivie de l'intérêt de Castlelake, ne s'explique pas par des difficultés structurelles. Au contraire, EasyJet affiche de bons résultats et poursuit sa croissance en Europe. Selon Paul Chiambaretto, professeur à la Montpellier Business School et spécialiste de l'économie du transport aérien, le principal attrait réside dans sa faible valorisation boursière.
« Le montant de l'action EasyJet est en dessous de la véritable valeur de l'entreprise », a-t-il résumé lundi dans l'émission Tout un monde de la RTS. Une situation paradoxale au regard de ses performances économiques, de sa croissance et de ses actifs. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette sous-évaluation, notamment la structure juridique complexe du groupe, implanté au Royaume-Uni, en Suisse et dans l'Union européenne.
Une opportunité créée par les crises
L'intérêt des investisseurs intervient dans un contexte particulier. Après la pandémie de Covid-19, les compagnies aériennes avaient déjà connu une vague de restructurations et de rachats. La crise au Moyen-Orient a, elle aussi, pesé sur les cours boursiers du secteur et mis en difficulté un certain nombre de compagnies aériennes.
EasyJet a vu son action reculer davantage encore, alors même que ses fondamentaux restent solides. « A l'issue de chaque crise, on observe des reconfigurations, des rapprochements ou des acquisitions », explique Paul Chiambaretto. Pour des fonds d'investissement, la compagnie représente aujourd'hui une opportunité d'acheter un acteur de premier plan à un prix jugé attractif.
Contrairement aux compagnies aériennes, les fonds d'investissement disposent en outre de moyens financiers importants. Les transporteurs, eux, évoluent dans un secteur où les marges restent faibles et sont soumis à des règles de concurrence strictes lorsqu'ils souhaitent racheter un concurrent.
Des créneaux aéroportuaires très précieux
Si EasyJet intéresse autant les investisseurs, ce n'est pas seulement pour son activité de transport de passagers. La compagnie possède une flotte de quelque 350 avions, dessert plus de 1200 lignes dans 38 pays et, surtout, détient de nombreux créneaux de décollage et d'atterrissage, ou « slots », dans des aéroports très fréquentés, notamment Londres-Gatwick. Ces slots sont devenus particulièrement précieux, car ils sont difficiles à obtenir dans les plateformes saturées.
« Le nombre d'avions, le carnet de commandes ou les créneaux aéroportuaires sont des actifs, c'est-à-dire des atouts qui ont une vraie valeur financière », souligne ainsi Paul Chiambaretto.
Quel impact pour Genève ?
Pour les voyageurs, un changement d'actionnaire ne signifierait pas automatiquement une modification de l'offre. Les conséquences dépendront avant tout du projet du futur propriétaire. Les deux fonds intéressés n'ont d'ailleurs pas le même profil. Castlelake est spécialisé dans le financement et le leasing d'avions, tandis qu'Apollo possède une plus grande expérience des compagnies aériennes.
Selon le type d'investisseur retenu, la stratégie pourrait privilégier une rentabilité rapide ou, au contraire, un développement à plus long terme. Les arbitrages concernant certaines lignes ou les investissements futurs pourraient ainsi différer. Autre activité susceptible d'attirer les investisseurs : EasyJet Holidays. La filiale commercialise des séjours comprenant vols et hébergements, un marché de « package » particulièrement rentable et en forte croissance. Il pourrait devenir un axe de développement privilégié par un futur propriétaire.
FAQ
EasyJet est-elle en difficulté financière ?
Non. La compagnie affiche de bons résultats et poursuit sa croissance. Sa sous-évaluation boursière, due à des facteurs conjoncturels et structurels, en fait une cible attractive pour des fonds d'investissement.
Quels sont les risques pour les liaisons genevoises ?
Un changement d'actionnaire ne signifie pas automatiquement une réduction de l'offre. Les conséquences dépendront du projet du futur propriétaire, qui peut privilégier soit une rentabilité rapide, soit un développement à long terme.
Pourquoi les créneaux aéroportuaires sont-ils si importants ?
Ces « slots » sont des actifs rares et précieux, car ils sont difficiles à obtenir dans les aéroports saturés comme Londres-Gatwick. Ils constituent un attrait majeur pour les investisseurs.
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey/hkr