Sainte-Croix sous le choc : une agression qui interroge le modèle vaudois
Dans la nuit du 29 juillet, un adolescent de 14 ans a porté deux coups au visage d'un homme de 72 ans, le plongeant dans un coma dont on ignore encore s'il se réveillera. L'agression, survenue à Sainte-Croix (VD), a provoqué une onde de choc dans cette commune de 5 139 habitants. Mais au-delà du drame, ce sont les fragilités d'un modèle communal qui sont mises en lumière : désengagement policier, concentration de populations précaires, et sentiment d'abandon.
Les faits : une altercation de rue qui tourne au drame
Peu après minuit, un septuagénaire fêtait l'anniversaire d'un ami à la terrasse du café-restaurant El Latino, près de la gare. Selon les premiers éléments rapportés par 24 Heures, les passages répétés d'une voiture auraient irrité un convive, qui aurait jeté son verre vers le véhicule. Une bande serait alors intervenue. L'homme de 72 ans a reçu deux coups au visage, assénés par l'adolescent, depuis incarcéré sur décision du tribunal des mineurs. Les images de vidéosurveillance, confisquées par la police, devraient éclairer l'enquête.
Le profil de l'agresseur : un mystère qui alimente les tensions
Dejan, un plâtrier serbe de 46 ans établi depuis six ans à Sainte-Croix, résume le sentiment général : « On nous a mélangés, on n'a rien eu à dire. » L'agresseur présumé, de nationalité française et résidant dans la commune, reste un inconnu pour la plupart des habitants. « Je connais très bien la victime, c'est une bonne personne », assure Jacques, 63 ans, tôlier en carrosserie. « C'est un homme qui ne ferait pas de mal à une mouche. »
La violence ordinaire : un phénomène qui dépasse le cas isolé
Pour Stéphane, 54 ans, ancien responsable des conducteurs de bus à Yverdon, l'agression n'est pas un accident. « La violence, elle est partout. Elle est dans les écoles, dans les rues, dans les familles. » Jacques renchérit : « Il y a trois ou quatre ans, un type qui me menaçait d'un couteau a cassé le pare-brise de ma voiture parce qu'il me reprochait de porter le maillot du SC Bastia. »
Une commune périphérique qui attire les « cassos »
Située à 1 000 mètres d'altitude dans le Jura vaudois, Sainte-Croix ne respire pas la richesse de la riviera. Les loyers y sont moins chers qu'à Yverdon, et bien moins chers qu'à Lausanne. « On a tous les cassos sur place », lâche Paul, 79 ans, ancien restaurateur. « Il faudrait que l'État fasse son travail, qu'il encadre les gens, qu'il les forme, qu'il les remette dans le circuit. »
La police absente : un vide qui nourrit l'inquiétude
Christine, 70 ans, élégante et droite, vote UDC et parfois PS. Elle résume le sentiment partagé : « La nuit, la police redescend, on est seuls. » Le syndic Yvan Pahud a annoncé qu'il présenterait cette année encore une demande de financement pour équiper Sainte-Croix en caméras de vidéosurveillance, conformément à une demande du législatif communal. Il dit n'avoir toujours pas obtenu de réponse de Vassilis Venizelos, le chef du Département cantonal de la sécurité.
Un modèle communal à repenser ?
L'agression de Sainte-Croix pose une question plus large : comment garantir la sécurité et la cohésion sociale dans les communes périphériques, où les ressources sont limitées et où la concentration de populations précaires s'accentue ? La réponse ne pourra venir ni de la seule répression ni de la seule prévention. Elle exigera une réflexion collective sur le rôle de l'État, des communes et de la société civile dans la préservation du pacte social helvétique.