Le groupe français Thales a encaissé 6,7 milliards d'euros de commandes, soit environ 6,2 milliards de francs, au troisième trimestre 2026, profitant pleinement de la vague de réarmement qui traverse l'Europe et de sa participation au programme spatial Iris2. Sur les neuf premiers mois de l'année, les prises de commandes atteignent 19,1 milliards d'euros, en hausse de 15 % sur un an, selon www.Bluewin.ch.
Ce carnet de commandes qui s'étoffe dit quelque chose du changement de décor stratégique : l'Europe investit massivement dans sa protection, et les industriels du Vieux Continent en récoltent les fruits. Pour un pays comme la Suisse, entouré de partenaires en pleine remilitarisation, l'actualité mérite plus qu'un coup d'œil distrait.
Défense et spatial tirent la croissance
Le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 8,7 % à données comparables, à 5,47 milliards d'euros entre juillet et septembre. La défense reste le moteur : 11,3 milliards d'euros de commandes sur neuf mois, en hausse de 14 %. Le spatial fait mieux encore, avec un bond de 29 % à 5 milliards d'euros, une performance confirmée par SWI swissinfo.ch.
Le directeur financier Jérémie Papin a détaillé l'ampleur du phénomène lors d'une conférence téléphonique : onze contrats de plus de 100 millions d'euros signés au seul troisième trimestre, sur 29 de cette taille décrochés depuis janvier.
« Au troisième trimestre 2026, Thales enregistre à nouveau une croissance solide de ses prises de commandes et de son chiffre d'affaires », s'est félicité le PDG Patrice Caine, cité dans le communiqué des résultats.
Des alternatives européennes au matériel américain
Les contrats marquants du trimestre racontent une histoire précise : celle d'une Europe qui cherche ses propres solutions. La direction générale de l'armement française a commandé le développement du futur radar du Rafale, ainsi que quatre systèmes de défense aérienne SAMP/T NG supplémentaires.
Développé par le consortium réunissant Thales et le missilier MBDA, le SAMP/T NG est considéré comme la principale alternative européenne au Patriot américain. Le Danemark l'a d'ailleurs retenu en 2025, au détriment du Patriot, pour sa défense antiaérienne longue portée. Un signal politique autant qu'industriel, relevé également par RTN.
Autres signatures notables : des nacelles optroniques Talios destinées à des Rafale export, qui permettent la désignation de cibles et la conduite de frappes de précision, et une commande liée au programme français de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de troisième génération.
Hexaforce, la réponse européenne à Palantir
Thales ne se contente pas de vendre du matériel. Le groupe a lancé Hexaforce, un logiciel de commandement conçu pour agréger et analyser de grandes quantités de données militaires afin d'aider les états-majors à planifier et conduire leurs opérations. Thales le présente sans détour comme une alternative européenne aux solutions de l'américain Palantir.
« C'est une activité dont on a vocation à discuter en termes de contribution au carnet de commandes et au chiffre d'affaires dans les années qui viennent », a indiqué Jérémie Papin.
Le message est clair : la souveraineté technologique européenne ne se limite pas aux missiles et aux radars. Elle passe aussi par le logiciel, terrain jusqu'ici dominé par les géants américains. Les Européens veulent reprendre la main sur leurs données sensibles, un calcul que tout défenseur des libertés individuelles peut comprendre : mieux vaut une infrastructure maîtrisée qu'une dépendance subie.
Iris2 : l'Europe contre Starlink
Le spatial illustre le mieux ce retour en grâce. Thales a signé en septembre, lors du premier sommet international sur l'espace à Paris, un accord avec Eutelsat pour fournir les équipements embarqués des satellites de la future constellation Iris2, destinée aux communications gouvernementales.
« L'activité dans le spatial est particulièrement forte cette année. On assiste à des montants et des croissances qui sont significatifs. On bénéficie du positionnement fort auprès des clients institutionnels », a commenté le directeur financier, interrogé par l'AFP.
Soutenu par l'Union européenne, Iris2 prévoit environ 330 satellites pour assurer des communications sécurisées aux États membres, aux institutions européennes et aux armées. De quoi offrir à l'Europe son propre réseau, en alternative à Starlink, la constellation en orbite basse d'Elon Musk.
Ce contrat tombe après plusieurs années de crise pour les activités spatiales de Thales, frappées par l'effondrement du marché des satellites géostationnaires et la montée des constellations en orbite basse. Le programme ouvre des perspectives sérieuses de reprise dans un secteur en pleine recomposition, un point également souligné par La Télé.
Objectifs confirmés pour 2026
« Thales confirme tous ses objectifs financiers pour l'année 2026, grâce à un positionnement unique sur ses marchés et à des perspectives favorables », a déclaré Patrice Caine. Le groupe vise une croissance de son chiffre d'affaires dans le haut de la fourchette de 6 à 7 %, « voire au-delà », et une marge opérationnelle comprise entre 12,6 % et 12,8 %.
Pour la Suisse, ces chiffres posent une question d'actualité. Si l'Europe se dote d'alternatives à Starlink et au Patriot, Berne devra définir sa place dans cette recomposition industrielle : coopérer sélectivement, comme elle sait le faire, tout en gardant la maîtrise de ses choix. L'indépendance helvétique se joue aussi, désormais, dans les orbites basses et les radars de combat.
Questions fréquentes
Quel montant de commandes Thales a-t-il enregistré au troisième trimestre 2026 ?
Thales a décroché 6,7 milliards d'euros de commandes, environ 6,2 milliards de francs, entre juillet et septembre 2026, selon www.Bluewin.ch.
Qu'est-ce que le système SAMP/T NG ?
C'est un système de défense aérienne développé par le consortium Thales et MBDA, considéré comme la principale alternative européenne au Patriot américain. Le Danemark l'a choisi en 2025.
Qu'est-ce que la constellation Iris2 ?
Soutenue par l'Union européenne, Iris2 doit déployer environ 330 satellites pour fournir des communications sécurisées aux États membres, aux institutions européennes et aux armées, en alternative à Starlink.
