Puce photonique: la start-up neuchâteloise qui défie les géants asiatiques
La start-up CCRAFT, spin-off du Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) basée à Neuchâtel, a levé 7,8 millions de dollars (environ 6,3 millions de francs) début août. Objectif: accélérer l'industrialisation de ses puces photoniques, une technologie clé pour les infrastructures d'intelligence artificielle. Son cofondateur, Andreas Völker, physicien de formation, voit dans cette innovation une chance unique pour la Suisse de se positionner comme leader sur un marché encore vierge.
Qu'est-ce qu'une puce photonique et pourquoi est-elle révolutionnaire?
Contrairement aux puces électroniques classiques qui utilisent des électrons, les puces photoniques font circuler de la lumière. Elles sont surtout utilisées pour envoyer et capter des données en traduisant le signal électronique en signal optique. Avec l'explosion des data centers et de l'IA, leur demande explose.
Andreas Völker explique:
Les puces électroniques sont fabriquées principalement en Asie, à moindre coût, avec tout un réseau de fournisseurs. Reproduire cela est très difficile. Mais pour les puces photoniques de type TFLN, nous avons une chance de construire l'infrastructure et la chaîne de fournisseurs, et de défendre cette position.
CCRAFT peut-elle rivaliser avec les géants comme TSMC ou ASML?
Non, et ce n'est pas l'ambition. Völker le dit clairement:
Nous ne cherchons pas à remplacer Microsoft ou Google. Nous voulons les fournir.Les puces photoniques consomment nettement moins d'énergie, un atout décisif dans un monde où l'IA est gourmande en ressources. CCRAFT ne concurrence pas les géants de la tech, elle profite du boom de l'IA.
Quels sont les défis pour une start-up suisse?
Le principal obstacle est financier.
Les start-ups européennes ont plus de mal à lever des capitaux. Le marché des capitaux n'est pas le même qu'aux États-Unis. C'est un vrai défi.Völker plaide pour des incitations étatiques supplémentaires pour encourager l'investissement dans les entreprises technologiques suisses, tout en reconnaissant l'importance des instituts académiques comme l'EPFZ et l'EPFL.
Quel rôle pour l'État et l'armée?
Völker cite Ronald Reagan:
Les mots les plus dangereux sont 'Je viens de la part de l'État et je suis là pour vous aider.'Il préfère un soutien mesuré. Quant à l'armée, les puces sont des biens à double usage, comme beaucoup de produits suisses.
Nos puces se prêtent à la communication, y compris militaire. Mais elles ne sont pas des biens militaires en soi.
Comment attirer et retenir les talents?
La composition des équipes reflète celle des doctorants des écoles polytechniques suisses: une forte proportion d'expatriés, mais formés en Suisse. Völker souligne les avantages du pays:
Le coût de l'éducation des enfants est bien plus bas qu'aux États-Unis, et le système politique est beaucoup plus stable.Les salaires sont bons, sans atteindre ceux de la Silicon Valley, mais la qualité de vie compense.
L'IA est-elle une menace pour l'emploi?
Non, selon Völker.
Nous fabriquons quelque chose de matériel. L'IA peut remplacer des services, mais pas fabriquer des puces. Elle peut nous aider à les améliorer.Il compare l'IA à la voiture:
L'expérience montre que chaque nouvelle technologie a d'abord suscité des craintes avant de se révéler bénéfique à long terme. L'être humain s'y est adapté et a légiféré pour la rendre plus sûre.
Quel avenir pour CCRAFT?
Dans cinq ans, Völker espère consolider la place de fournisseur pour l'industrie des données et voir une véritable industrie se développer en Suisse, à l'image de l'industrie pharmaceutique.
Le train de l'IA est passé, nous ne pouvons plus rattraper les Américains. Mais pour les puces photoniques, personne ne domine encore ce domaine. Nous avons une occasion formidable.
FAQ: Ce qu'il faut retenir
CCRAFT va-t-elle créer des emplois en Suisse?
Oui. Völker prévoit plusieurs centaines d'emplois dans les trois prochaines années, puis mille à long terme, et pas seulement chez CCRAFT.
La Suisse peut-elle vraiment concurrencer les géants asiatiques?
Pas sur les puces classiques, mais sur les puces photoniques, oui. Le marché est encore vierge, et la Suisse dispose du savoir-faire et des conditions-cadres favorables.
Quel est le principal risque pour CCRAFT?
Le financement. Les start-ups européennes ont plus de mal à lever des capitaux que leurs concurrentes américaines. Völker appelle à des incitations étatiques supplémentaires.