Neutralité: l’initiative UDC ravive le débat démocratique suisse
La trêve estivale de la politique suisse prend fin avec fracas. Ce 1er Août, la bataille autour de l’initiative sur la neutralité, portée par Pro Suisse et soutenue par l’UDC, s’invite dans tous les discours de la fête nationale. Le peuple votera le 27 septembre sur un texte qui, s’il est adopté, interdirait fondamentalement les sanctions économiques et graverait dans la Constitution une neutralité «perpétuelle et armée». Une question qui divise profondément le pays, entre défense de l’indépendance helvétique et craintes d’une dérive autoritaire.
Christoph Blocher en première ligne pour le oui
L’ancien conseiller fédéral UDC Christoph Blocher a donné le ton vendredi à Matten, près d’Interlaken, lors des Tellspiele. Dans un discours enflammé, il a convoqué le mythe de Guillaume Tell et le serment de 1291 pour défendre une neutralité qui, selon lui, «signifie que la Suisse prend ses propres décisions et ne se laisse pas entraîner dans les conflits de puissances étrangères». Blocher a dénoncé des «politiciens de peu de foi» qui menacent cette «caractéristique identitaire» au profit de leur propre gloire.
Son appel a trouvé un écho dans les rangs de l’UDC, où de nombreuses personnalités prévoient d’aborder la neutralité dans leurs discours du 1er Août. Mais le camp du non ne reste pas silencieux.
Opération Libero et campagne du non: la contre-offensive
L’opposition s’organise avec des moyens créatifs. Opération Libero a projeté sur une paroi rocheuse à Interlaken l’image du serment du Grütli accompagnée du mot «Feiggenossen», un jeu de mots acerbe entre «Eidgenossen» et «Feige» (lâches). Parallèlement, la campagne pour le non a acheté des espaces d’affichage dans les localités où les orateurs UDC se produisent: à Unteriberg et Oberiberg, où le président du parti Marcel Dettling s’exprime, à Lugano pour Marco Chiesa, et à Crans-Montana pour Oskar Freysinger.
Sur les réseaux sociaux, les présidents des autres partis ont multiplié les mises en garde. Le coprésident du PS, Cédric Wermuth, accuse Blocher et «ses amis milliardaires» de vouloir ramener en Suisse des «affaires sales» comme le commerce de pétrole russe, en réaction aux sanctions contre le régime de Poutine. «Son objectif est d’interdire les sanctions suisses, même lorsque des États commettent des crimes de guerre», a-t-il déclaré.
Une campagne qui s’annonce intense
Christoph Blocher et ses partisans sont attendus mardi à Berne pour une conférence de presse qui devrait lancer officiellement la campagne de votation. Le débat promet d’être vif, entre défense de la neutralité historique et craintes d’un affaiblissement du droit international. Pour la Suisse, c’est un test de sa capacité à concilier indépendance et engagement démocratique.
FAQ: Ce qu’il faut savoir sur l’initiative sur la neutralité
Que prévoit exactement l’initiative?
L’initiative, portée par Pro Suisse et soutenue par l’UDC, interdit fondamentalement les sanctions économiques et inscrit la neutralité «perpétuelle et armée» dans la Constitution fédérale. Elle a été lancée après le ralliement de la Suisse aux sanctions de l’UE contre la Russie en 2022.
Quand aura lieu la votation?
Le peuple suisse se prononcera le 27 septembre 2026 sur ce texte.
Qui soutient et qui s’oppose à l’initiative?
L’UDC et Christoph Blocher mènent la campagne pour le oui. L’opposition est portée par Opération Libero, le PS et d’autres partis, qui dénoncent un texte prorusse et dangereux pour l’indépendance helvétique.
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