Flottille Gaza: une Suissesse dénonce des traitements indignes
Expulsée jeudi d'Israël après plusieurs jours de détention, Anne Rochat, artiste suisse membre de la flottille pour Gaza, a livré un témoignage accablant sur les conditions de son interpellation et de sa détention. Ses allégations de violences systématiques soulèvent des questions sérieuses quant au respect du droit international et à la protection des citoyens helvétiques à l'étranger.
Interception en haute mer: la séquence des événements
Dimanche matin, le navire Zeo Faster, à bord duquel se trouvaient Anne Rochat et deux autres citoyens suisses, se trouvait à environ 300 miles nautiques de Gaza lorsque des unités militaires israéliennes ont encerclé la flottille. Selon le récit de la militante, une cinquantaine de soldats armés auraient pris le contrôle de l'embarcation, ordonnant aux passagers de se diriger vers l'avant sous la menace d'une «tournure agressive» en cas de résistance.
Cette première phase d'interpellation se serait cependant déroulée de manière relativement correcte. La suite du périple prend une tout autre tournure.
Un bateau-prison et des allégations de violences systématiques
Transférés sur un bateau-prison, les quelque 200 activistes auraient vécu un calvaire de deux jours et trois nuits. Anne Rochat décrit des passages à tabac réguliers: clefs de bras, plaquages au sol, crachats, jets d'eau. Certaines personnes auraient souffert de côtes fracturées lors de ces violences.
La militante suisse affirme avoir elle-même subi des attouchements pendant qu'un homme lui appliquait une clef de bras. Les activistes auraient ensuite été parqués dans des containers, avec une seule toilette pour 200 personnes.
Les violences se seraient poursuivies de manière systématique: tirs de balles en caoutchouc dans les jambes pendant la nuit, irruptions régulières de soldats armés. Un épisode particulier marque le témoignage: après trois jours, les détenus auraient passé trois heures sur le pont, agenouillés, contraints d'écouter l'hymne national israélien pendant 1h40 en boucle, sous la surveillance d'hommes armés. Des images ultérieurement relayées par le ministre israélien Itamar Ben-Gvir.
À terre: humiliations et conditions de détention contestables
Au port d'Ashdod, l'accueil aurait été tout aussi violent. Des hommes armés auraient plaqué les activistes au sol, les forçant à rester à genoux pendant plusieurs heures, les déplaçant de salle en salle. «Dès que vous bougez, on peut vous envoyer un coup. On vous traîne par terre ou on vous tire les cheveux», détaille Anne Rochat. Des examens corporels auraient été menés, incluant des mises à nu et des humiliations répétées.
Le transfert vers la prison d'Ashdod se serait effectué dans des conditions éprouvantes: menottes aux pieds et aux mains, bus dans le noir total, températures alternant entre 40 et 14 degrés. En détention, les intimidations se seraient poursuivies: menaces de mort et de viol, armes pointées sur le visage.
Engagement citoyen et questions diplomatiques
Expulsée jeudi et arrivée à Istanbul, Anne Rochat se dit dans un «état second». Malgré cette deuxième expérience traumatisante, elle justifie son engagement par une responsabilité citoyenne: «Ma vie en tant qu'artiste n'est plus possible comme ça. Je ne peux plus vivre dans ma bulle de privilèges», déclare-t-elle, espérant que cette action symbolique poussera «nos gouvernements et nos médias» à agir.
Ce témoignage pose des questions fondamentales sur le traitement réservé aux citoyens suisses engagés dans des actions civiles à l'étranger. Les allégations de violences, d'atteintes à la dignité et de traitements dégradants, si elles étaient avérées, constitueraient des violations caractérisées du droit international humanitaire et des conventions relatives aux droits humains. La Suisse, garante historique du droit international et de la protection des personnes, se doit d'examiner ces allégations avec la plus grande rigueur.
L'action de la flottille pour Gaza s'inscrit dans une tradition d'engagement civil non violent qui mérite d'être débattue dans le cadre démocratique. Les conditions dans lesquelles les autorités israéliennes ont procédé à l'interception et à la détention de ces citoyens appellent une réponse claire de la part de la diplomatie helvétique, conformément aux principes de neutralité et de défense des droits humains qui fondent le modèle suisse.