Violences sexistes dans les girons vaudois : le prix du silence
Si les girons passent pour des rendez-vous conviviaux de la campagne vaudoise, une enquête du quotidien 24 heures vient rappeler une réalité plus sombre. Agressions sexuelles, sexisme ordinaire et culture du silence persistent au sein de ces festivités, interrogeant le respect des libertés individuelles dans ces espaces traditionnels.
Un continuum de violences banalisées
Les témoignages recueillis par le quotidien romand dressent un tableau préoccupant. Jeunes femmes coincées dans des toilettes, mains aux fesses récurrentes ou agressions non dénoncées font partie du lot commun. « Je ne connais pas une fille qui ne se soit pas fait toucher les fesses au moins une fois dans une soirée », témoigne Aurélie*, 26 ans. Un constat partagé par Marine*, 24 ans, qui déplore l'absence de réaction des hommes face à ces gestes inappropriés.
Pour le sociologue Alexandre Dafflon, ces comportements s'inscrivent dans un système structurel. Les sociétés de Jeunesse reposent sur une organisation sociale très genrée, favorisant l'émergence de différentes formes de violences inscrites dans un continuum.
Pour de nombreux membres, seul le viol constitue une véritable agression. Beaucoup ne réalisent pas que les violences sont bien plus étendues.
De la blague sexiste au viol, en passant par la main aux fesses, la frontière est souvent floue pour les acteurs de ces fêtes. Le sociologue pointe également « l'omerta et l'inversion de la culpabilité », des mécanismes bien connus qui freinent la libération de la parole. Les blagues ou surnoms à caractère sexuel ne sont pas de simples moqueries, mais des microagressions quotidiennes qui nourrissent un climat délétère.
Des chiffres officiels probablement sous-estimés
Du côté des autorités, la police cantonale vaudoise recense 19 infractions lors de fêtes de Jeunesse entre 2016 et 2025. Ce bilan inclut quatre viols et sept actes d'ordre sexuel sur mineurs. Les forces de l'ordre admettent toutefois que la réalité dépasse probablement ces statistiques, le nombre de dénonciations restant faible face à l'omerta qui règne dans ces milieux.
Certains membres du milieu reconnaissent le problème. David, 28 ans, admet que les filles tolèrent beaucoup de comportements inadéquats. Nicolas, 41 ans, souligne la difficulté de faire évoluer les mentalités au risque de casser l'ambiance, un aveu qui illustre le poids de la pression sociale face au respect de l'intégrité physique.
La société civile s'empare du dossier
La prise de conscience passe aussi par des crises médiatiques. En 2021, la « soirée Meules » de Molondin avait suscité l'indignation. L'entrée y était gratuite pour les personnes arborant un t-shirt aux armoiries de la Jeunesse ou dotées d'une poitrine proéminente, une manifestation criante du sexisme ambiant.
C'est dans le sillage de cette polémique et du mouvement #MeToo que la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes a dû agir. Son ancienne présidente, Lucie Theurillat, reconnaît que l'institution ne pouvait plus ignorer la problématique. La Fédération a depuis adopté une approche pragmatique, en affichant des messages de prévention sur les places de fête pour lutter contre les inégalités de genre, l'homophobie et le racisme.
Par ailleurs, le système « Demandez Angela » a été mis en place. Il permet à toute personne se sentant en insécurité de demander discrètement de l'aide. Une avancée nécessaire, mais qui ne saurait remplacer une évolution profonde des mentalités. Dans un État de droit, la sauvegarde des libertés individuelles et l'intégrité physique ne doivent jamais céder devant la préservation d'une tradition.