Prilly: des citoyens candidats malgré eux au PLR
Une affaire troublante secoue la commune vaudoise de Prilly, où plusieurs citoyens se sont retrouvés candidats au Conseil communal sans leur consentement explicite. Cette situation soulève des questions fondamentales sur la transparence démocratique et l'intégrité des processus électoraux.
Une pétition qui n'en était pas une
Joel et Claudia Castro, propriétaires d'un garage à Prilly, racontent avoir signé ce qu'ils croyaient être une pétition pour préserver des places de parc dans leur quartier. En janvier, une représentante du PLR s'était présentée à eux avec une feuille, expliquant vouloir défendre cette cause locale.
"On a fait confiance, on n'est pas allés plus loin", explique Claudia Castro. Le couple, âgé de 44 ans, a fourni ses données personnelles et signé le document, tout comme leur fils et leurs employés présents.
Deux mois plus tard, la surprise est totale: leurs noms et visages apparaissent sur la liste électorale du PLR Prilly. "Une amie m'a montré un prospectus avec nos photos dessus. C'est comme ça que je l'ai appris", témoigne la gérante.
Une élection non désirée
Le 8 mars, jour des élections communales vaudoises, Claudia Castro est élue avec près de 700 voix. "Ça m'a révoltée. Je n'y connais rien à la politique. Je n'ai ni le temps ni l'envie de m'engager", déplore-t-elle.
L'administration communale confirme qu'aucune initiative visant à augmenter le nombre de places de parc n'a jamais été déposée à Prilly, renforçant les soupçons du couple Castro.
La défense du PLR
Tony Capuano, membre du comité du PLR Prilly, réfute catégoriquement toute tromperie: "En aucun cas, il n'a été question de pétition. On les a informés que c'était pour le Conseil communal."
Le parti assume une stratégie d'élargissement de sa liste électorale. Avec 53 candidats, le PLR a présenté bien plus de noms que ses concurrents (entre 11 et 23). Résultat: 21 sièges obtenus, soit plus d'un quart des sièges disponibles.
Le syndic Alain Gilliéron, également PLR, précise que l'administration vérifie les listes mais "ce n'est pas à l'administration de contrôler si une personne a bien compris ce qu'elle signait".
Des photos retouchées par intelligence artificielle
Autre élément troublant: les photos de campagne ont été massivement retouchées par intelligence artificielle. Les habits de travail ont été remplacés par des tenues plus formelles, les visages pixelisés ou déformés.
Tony Capuano relativise ces modifications: "Je crois que tout le monde retouche les photos aujourd'hui." Les Castro confirment avoir accepté d'être photographiés, mais affirment que cette démarche leur avait été présentée comme un complément à la prétendue pétition.
Un scandale démocratique selon l'opposition
Rebecca Joly, municipale Verte à Prilly, dénonce un "scandale". Elle souligne que la feuille d'inscription officielle ressemble effectivement à une pétition, avec la mention "8 mars - Élections du Conseil communal" inscrite en petits caractères.
"Faire partie d'un Conseil communal doit être un choix éclairé. Je trouve que c'est grave de se dire que certains sont d'accord de mentir aux gens pour gonfler des listes électorales", déclare-t-elle.
Un dilemme sans issue
Claudia Castro se trouve dans une situation inextricable. Légalement, elle peut accepter son mandat, siéger en indépendante ou démissionner. Mais aucune option ne lui convient.
S'engager est "hors de question", mais démissionner pourrait nuire à l'image de leur entreprise: "Le nom de la famille est aussi celui du garage. Des clients pourraient penser qu'on n'est pas sérieux."
Le couple espère des excuses du PLR Prilly et souhaite que cette affaire s'arrête là. En attendant, ils ont reçu une lettre les remerciant pour leurs "efforts durant la campagne", une attention qu'ils accueillent avec amertume.
Cette affaire illustre les dérives possibles dans le recrutement électoral et pose des questions essentielles sur la protection du consentement éclairé en démocratie.