Genève: la réintégration de Séverine Chavrier écartée
Le Conseil municipal de Genève a tourné la page de la réintégration de Séverine Chavrier à la tête de la Comédie. Au terme d'un débat marqué par la défense de l'État de droit et la prudence institutionnelle, les élus ont privilégié l'attente des audits en cours plutôt qu'une intervention politique hâtive.
Le respect du droit au cœur du débat
L'affaire avait commencé avec une motion du MCG, suite aux révélations sur un management qualifié de toxique. La commission des arts et de la culture (CARTS) avait ensuite proposé la réintégration de la directrice, une demande toutefois non contraignante pour l'exécutif. Mardi soir, le délibératif a modifié cette exigence. Pour le MCG Amar Madani, la motion initiale a été dénaturée en se focalisant exclusivement sur la directrice, qui n'est que la partie visible de l'iceberg. L'urgence est d'assurer une gouvernance saine et de protéger le personnel.
La question du respect des droits de la défense a fortement polarisé l'attention. La PLR Michèle Roullet, autrice du rapport de la CARTS, a dénoncé une chasse aux sorcières et la destruction rapide de la plus grande scène romande, pointant du doigt les atermoiements de la Fondation d'art dramatique (FAD) et le silence de l'autorité de surveillance. Son collègue de parti, Sébastien Aeschbach, a rappelé l'impératif du droit d'être entendu. La directrice n'a en effet pas pu prendre connaissance de l'audit RH externe avant son éviction par la FAD, ce qui soulève des questions fondamentales sur la procédure. Plusieurs recours judiciaires sont d'ailleurs en cours, et la fondation a proposé une médiation de sortie.
Gouvernance et responsabilité des deniers publics
Au-delà du cas personnel, l'institution elle-même est sous surveillance. L'UDC Alexandre Chevalier a soulevé le risque de contamination de cette crise vers d'autres institutions culturelles. Il a appelé à une reprise en main de la FAD par la Ville de Genève, qui lui alloue pourtant 15 millions de francs de budget, dont 12 millions pour la seule Comédie. Cette interrogation sur l'usage des deniers publics et l'efficacité de la gouvernance partagée résonne avec les principes de transparence et de responsabilité qui doivent régir les institutions subventionnées.
Prudence institutionnelle et attente des audits
À gauche, l'heure est aussi à la modération. L'élue verte Laurence Corpataux a regretté une succession de décisions prises dans l'urgence, mais appelle à attendre les résultats de l'audit de gestion de la Cour des comptes, attendus en août. Le PS et le groupe Ensemble à gauche et Union populaire partagent cette réserve, soucieux de la santé du personnel et des défis liés au passage d'un petit théâtre à une grande institution. La socialiste Paule Mangeat a également rappelé le devoir du politique d'agir sur la mission de la Comédie, fustigeant la négligence envers la programmation d'artistes locaux.
Du côté de l'exécutif, la conseillère administrative Joëlle Bertossa a mis en garde les élus contre les conclusions hâtives, rappelant qu'ils ne disposent pas de tous les éléments, notamment du rapport RH externe qu'elle a pu consulter. Saluant la prise de responsabilité de la FAD, qui compte des représentants de chaque parti, elle a annoncé qu'aucun appel d'offres pour la direction ne serait lancé avant un an, afin de laisser la situation s'apaiser. Une pause bienvenue pour permettre à l'institution de se reconstruire sur des bases saines et conformes à l'État de droit.