Fin du Late Show: Colbert face à la pression de Trump
L'extinction du Late Show de Stephen Colbert, prévue pour ce jeudi aux États-Unis, dépasse le simple cadre de l'audiovisuel. Si la chaîne CBS invoque des raisons économiques, le calendrier et les enjeux financiers révèlent une pression politique inquiétante sur l'indépendance éditoriale des médias américains.
Un retrait officiellement financier
Annoncée l'été dernier, la fin de cette émission de fin de soirée vieille de 33 ans survient dans un contexte de baisse des audiences de la télévision traditionnelle et de recettes publicitaires en déclin. Leader sur son créneau avec près de trois millions de téléspectateurs, le programme ne semblait pourtant pas en danger. Son animateur de 62 ans avait récemment qualifié de « gros pot-de-vin » l'accord à 16 millions de dollars conclu entre Paramount, la maison mère de CBS, et Donald Trump, pour régler un contentieux. Le milliardaire républicain accusait la station d'avoir favorisé Kamala Harris lors de la présidentielle.
L'ombre d'une fusion et d'une ingérence politique
La coïncidence interpelle d'autant plus que Paramount cherchait alors activement l'approbation du régulateur américain de l'audiovisuel pour sa fusion à plusieurs milliards avec Skydance Media. Or, cette autorité est dirigée par un proche du locataire de la Maison Blanche. Pour de nombreux observateurs, cet arrêt porte la marque d'un président en guerre contre les médias critiques. Donald Trump avait d'ailleurs jugé CBS « hors de contrôle », qualifiant Stephen Colbert d'« épave pathétique » devant être mise « hors service ».
Cette mainmise se confirme par la nomination récente de la journaliste d'opinion classée à droite, Bari Weiss, à la tête de CBS News, où elle entreprend une refonte des équipes. Une reconfiguration éditoriale qui inquiète les défenseurs de la liberté de la presse et rappelle la nécessité de protéger les contre-pouvoirs démocratiques face aux dérives autoritaires.
La résilience d'une voix critique
Figure de proue de la satire politique, Stephen Colbert avait démarré à la télévision en 1995, s'était illustré au Daily Show avant de créer le Colbert Report en 2005, puis de prendre les commandes du Late Show en 2015. Comme ses confrères Jimmy Kimmel ou Seth Meyers, il incarnait une voix critique essentielle dans le débat public américain.
Lors des dernières émissions, plusieurs personnalités, dont Barack Obama, Tom Hanks et Oprah Winfrey, se sont succédé sur son plateau. La semaine dernière, ses concurrents sont venus témoigner de leur solidarité à l'antenne. Une solidarité illustrée par les propos de son prédécesseur, David Letterman, venu jeter des meubles du studio sur le logo de CBS.
« On peut retirer à un homme son émission, mais on ne peut pas lui prendre sa voix », a déclaré David Letterman.
Une voix que Colbert compte bien conserver. S'il a annoncé co-écrire un film tiré du Seigneur des Anneaux avec le réalisateur Peter Jackson, il a aussi promis de continuer à s'exprimer.
« Ils ont tué l'émission, mais ils ont fait une erreur : ils m'ont laissé en vie », a récemment lancé Stephen Colbert devant la caméra.
Cette sortie rappelle que l'esprit de résistance démocratique et le droit à la critique ne s'éteignent pas sur décision corporative. Un principe de liberté d'expression qui résonne particulièrement face aux tentatives d'intimidation du pouvoir exécutif.