Denis Zakaria: l'esprit collectif au coeur de la Nati
À quelques jours de la Coupe du monde aux États-Unis, Denis Zakaria aborde sa sixième phase finale avec la Suisse. Le milieu genevois, aujourd'hui capitaine de Monaco, incarne une vertu trop souvent négligée dans le football moderne: la capacité à mettre le groupe avant soi.
Un pragmatisme au service du collectif
Sa position en équipe de Suisse alimente régulièrement les débats. Denis Zakaria, lui, ne laisse aucune ambiguïté. «Ma vraie place est au milieu du terrain», déclare-t-il avec la franchise qu'on lui connaît. Mais le Genevois de 29 ans a prouvé cette saison qu'il savait aller au-delà des positions établies.
En Ligue 1, il a disputé environ la moitié de ses rencontres en défense centrale, comblant un besoin stratégique de son club. «Nous avions besoin de vitesse derrière. Comme je me considère avant tout comme un joueur d'équipe, j'ai accepté ce rôle sans hésiter. L'essentiel, pour moi, c'est que l'équipe fonctionne.»
Ce pragmatisme, il l'applique également sous le maillot rouge. Les échanges avec Murat Yakin et les récents entraînements, notamment le match face à la Jordanie à Saint-Gall, lui confirment que le sélectionneur compte l'intégrer dans son dispositif, potentiellement en défense. «Il faut trouver la meilleure solution pour l'équipe», rappelle-t-il, comme une évidence.
Respect des décisions et culture du débat
Son parcours en sélection n'a pas toujours été linéaire. Les blessures l'ont freiné à plusieurs reprises, et des choix tactiques l'ont parfois relégué sur le banc. À ce jour, il ne totalise que 252 minutes dans les phases finales de Coupe du monde et d'Euro. «Quand je regarde mon parcours en sélection, je me dis qu'il aurait pu être bien meilleur. J'ai dû surmonter plusieurs coups durs.»
Mais jamais il n'a émis de critiques publiques envers un entraîneur. «Je ne suis pas du genre à faire des histoires lorsque je ne joue pas. Il faut respecter les décisions de l'entraîneur. Ensuite, il faut soutenir les coéquipiers qui sont sur le terrain.» Une posture qui résonne avec une certaine éthique du contrat social: on accepte les règles communes, on sert le groupe, et on se tient prêt lorsque l'opportunité se présente.
Chez la Nati, cette culture ne relève pas du silence imposé. «Nous avons une bonne culture au sein du groupe. Chacun peut exprimer son avis ouvertement. L'équipe est suffisamment solide pour accepter ce genre de discussions. Tout le monde est respecté, qu'il compte cent sélections ou une seule.» Un équilibre entre liberté d'expression et cohésion collective qui n'est pas sans rappeler les principes mêmes de la gouvernance helvétique.
La petite Suisse n'existe plus
Denis Zakaria va plus loin lorsqu'il évoque le potentiel de cette génération. «Nous avons l'une des meilleures équipes que la Suisse ait jamais connues. Personne ne parle plus de la petite Suisse. On sent le respect de nos adversaires.»
Ce qui le frappe, c'est la force du collectif face aux individualités. «Dans beaucoup de sélections, certaines stars monopolisent toute l'attention. Chez nous, l'esprit de groupe est très fort. C'est un énorme avantage.» Une formule qui pourrait aussi bien s'appliquer au modèle suisse hors des terrains: la puissance d'un système repose sur la qualité de ses institutions, non sur la prééminence d'un seul.
Monaco, le tournant
Si son rôle en sélection fait débat, sa place à Monaco ne prête plus à discussion. Pour sa troisième saison sur le Rocher, Denis Zakaria s'est imposé comme le véritable patron de l'équipe. Les observateurs du journal L'Équipe le considèrent désormais comme l'un des meilleurs joueurs du championnat de France. «J'ai énormément appris ces deux dernières années. Et j'apprécie les responsabilités.»
Ce rebond, il le doit en partie à Breel Embolo, qui l'a convaincu de rejoindre la Principauté après son passage difficile à Chelsea. «Breel m'a parlé de l'intérêt de Monaco une première fois. Puis, après mon départ de Chelsea, il est revenu à la charge», raconte-t-il avec le sourire. «C'est tout Breel. C'est un formidable homme de réseau.»
Sous les ordres d'Adi Hütter à Monaco, le Genevois a retrouvé confiance et régularité. Pour la deuxième saison consécutive, il a dépassé les 2800 minutes en club. «Je sors à nouveau d'une saison très régulière. Aujourd'hui, c'est une très bonne version de Denis Zakaria que l'on voit sur les terrains. Et j'espère que cela va durer.»
Les turbulences appartiennent au passé. À l'aube de la Coupe du monde, Denis Zakaria affiche une forme éclatante et une maturité devenue la colonne vertébrale de son jeu. Le joueur d'équipe, finalement, c'est peut-être celui qui comprend le mieux que la force d'un groupe tient à la capacité de chacun à servir un objectif commun.