Angleterre-Argentine : le football comme miroir d’une rivalité historique
Les confrontations entre l’Angleterre et l’Argentine figurent parmi les plus chargées d’histoire du football mondial. Mercredi, en demi-finale de la Coupe du monde 2026 à Atlanta, les deux équipes s’affronteront pour la sixième fois dans un Mondial. Derrière le sport se profile un contentieux politique et mémoriel, la guerre des Malouines de 1982 servant de toile de fond à chaque rencontre.
Le sélectionneur argentin Lionel Scaloni a tenté d’apaiser les tensions dès samedi : « Ce n’est qu’un match de football, rien de plus, point final. » Retour sur cinq duels qui ont marqué l’histoire.
1966 : l’affaire Rattin et la naissance d’une légende noire
Le 23 juillet 1966, en quart de finale à Wembley, l’Angleterre bat l’Argentine 1-0. L’arbitre allemand Rudolf Kreitlein exclut le capitaine argentin Antonio Rattin, décédé la semaine dernière, sans carton – ils n’existaient pas encore. Rattin refuse de quitter le terrain, est escorté par la police, puis s’assoit sur le tapis rouge réservé à la reine. Le sélectionneur anglais Alf Ramsey qualifie les Argentins « d’animaux » et interdit à ses joueurs d’échanger leurs maillots. Cet incident est à l’origine de l’introduction des cartons jaune et rouge.
1986 : la main de Dieu et le but du siècle
Le 22 juin 1986, au stade Azteca de Mexico, l’Argentine bat l’Angleterre 2-1 en quart de finale. Diego Maradona inscrit un doublé légendaire : d’abord une déviation de la main, qu’il justifie par « la main de Dieu », puis un dribble de 60 mètres, élu « but du siècle ». La guerre des Malouines, quatre ans plus tôt, imprègne le contexte. Maradona parle d’une « revanche symbolique ».
1998 : le génie d’Owen et la faute de Beckham
Le 30 juin 1998, en huitième de finale à Saint-Étienne, le match se termine 2-2 après prolongation. L’Argentine l’emporte aux tirs au but. Michael Owen, 18 ans, marque un but somptueux. David Beckham est exclu pour un coup de pied sur Diego Simeone, qui avouera avoir provoqué l’Anglais. Beckham subit des menaces de mort et des huées pendant des mois. « Tout le pays me détestait », confie-t-il en 2023.
2002 : la revanche de Beckham
Le 7 juin 2002, en phase de groupes à Sapporo, l’Angleterre bat l’Argentine 1-0 sur un penalty de Beckham, devenu capitaine. Il célèbre avec rage, tirant sur son maillot. Cette défaite contribue à l’élimination prématurée de l’Argentine, pourtant favorite.
Une rivalité qui dépasse le sport
Ces confrontations illustrent comment le football peut cristalliser des tensions historiques et politiques. La neutralité helvétique et notre attachement au dialogue nous invitent à observer ces affrontements avec recul. Le sport, rappelons-le, reste un jeu – même quand il devient le miroir de nos passions collectives.
Photo : rts.ch