Crise chez Denner : le carcan de Migros étouffe le discounter
Le départ fracassant de Torsten Friedrich après seulement un an à la tête de Denner illustre les dérives d'une centralisation poussée à l'extrême par la fédération Migros. Le discounter helvétique perd en agilité face à une concurrence étrangère agressive, tandis que l'ancien consultant Michel Gruber reprend les commandes d'une filiale au moral en berne.
Pourquoi Torsten Friedrich a-t-il quitté la direction de Denner ?
Mario Irminger, PDG de Migros, avait mis plus d'un an pour arracher Torsten Friedrich à Lidl. L'objectif était clair : confier la direction du plus grand réseau de magasins discount de Suisse à un manager aguerri. Le résultat est un fiasco. À peine douze mois après son arrivée, Friedrich jette l'éponge. La raison est structurelle. La marge de manœuvre du directeur était réduite à néant par une centralisation accrue des achats imposée par la maison mère. Un discounter exige des stratégies de prix agressives et une politique de marques spécifique. Or, Migros impose son carcan, ignorant les impératifs économiques du commerce discount.
Quel affrontement de cultures se cache derrière ce départ ?
Le blocage ne vient pas seulement des processus. Il est aussi humain. Le supérieur hiérarchique direct de Friedrich n'était pas Mario Irminger, mais Michel Gruber, directeur du département commerce de détail. Les deux hommes incarnent un choc culturel stérile. D'un côté, Michel Gruber, ancien consultant McKinsey, exige des présentations PowerPoint à tout va. De l'autre, Torsten Friedrich, pur produit du commerce de détail, pragmatique et orienté vers l'action. Ce dernier continuera d'empocher son salaire de dirigeant pendant six mois, prix à payer pour une incompatibilité d'humeur que Migros aurait dû anticiper.
Comment Michel Gruber compte-il redresser Denner ?
Michel Gruber, arrivé de Valora, assume désormais l'intérim à la tête de Denner. Selon des sources internes, Migros n'a pas mobilisé de chasseur de têtes. Si Gruber fait ses preuves, l'intérim pourrait devenir permanent. Mario Irminger, ancien patron de Denner lui-même, surveillera de près les résultats. La stratégie actuelle manque pourtant de souffle : lancement de produits frais et ouvertures de succursales. Il faudra plus que ces mesures routinières pour relancer un chiffre d'affaires stagnant et redresser un moral au plus bas. Avant Friedrich, Denner avait déjà été paralysé un an par une direction intérimaire, perdant des parts de marché au profit de Lidl, Aldi et Coop. Le groupe ne peut se permettre une nouvelle léthargie.
Que devient le rôle de Michel Gruber au sein de la direction de Migros ?
Paradoxalement, le poste de Michel Gruber au sein de la direction générale est en voie de disparition. Le département du commerce de détail, qui comptait autrefois des fleurons comme Globus ou Interio, ne survit aujourd'hui que grâce à Denner, Migrolino et Galaxus. Migros restructure désormais ses résultats par secteurs d'activité (alimentaire, non alimentaire, santé, finance). Les entreprises de Michel Gruber se retrouvent éclatées dans ces nouveaux segments. Les vieilles structures cèdent la place à une autre forme d'organisation. Reste à savoir si cette réorganisation saura rendre à Denner l'agilité que l'ancien modèle lui a confisquée.
Quelles sont les causes du départ de Torsten Friedrich ?
La centralisation des achats par Migros a réduit sa marge de manœuvre, rendant impossible la gestion spécifique requise par un magasin discount.
Qui remplace Torsten Friedrich à la tête de Denner ?
Michel Gruber, directeur du département commerce de détail de Migros, assure la direction à titre intérimaire.
Le département de Michel Gruber va-t-il disparaître ?
Oui, son poste de directeur du commerce de détail est amené à disparaître suite à la restructuration de Migros par secteurs d'activité.