Billets en euros : la BCE sollicite l’avis des Suisses, entre oiseaux et visages célèbres
La Banque centrale européenne (BCE) a dévoilé dix maquettes pour ses futurs billets de banque. Pour la première fois, elle invite non seulement les citoyens européens, mais aussi les Suisses et Suissesses à donner leur avis. La consultation est ouverte jusqu’au 21 septembre. Une occasion rare de peser sur le design d’un objet qui, malgré la dématérialisation des paiements, conserve une portée symbolique et politique considérable.
Deux thèmes en lice : figures historiques ou nature
Les dix projets se répartissent en deux options radicalement différentes. La première met en avant six grandes figures européennes : de la cantatrice Maria Callas sur le billet de 5 euros à la pacifiste Bertha von Suttner sur celui de 200. Si ce choix l’emporte, ce serait une première : l’euro n’a jamais osé représenter un visage, se contentant jusqu’ici de ponts et de portes.
La seconde option fait la part belle à la nature. Chaque coupure illustrerait un cours d’eau et un oiseau : un martin-pêcheur près d’une cascade, une cigogne au-dessus d’une rivière, un fou de Bassan face à la mer. Un parti pris écologique et poétique, mais qui suscite déjà des critiques.
Un débat qui divise les réseaux sociaux
En quelques jours, les réseaux sociaux se sont enflammés. L’Europe se scinde en deux camps : les pro-oiseaux et les pro-culture. Les premiers moquent l’obsession ornithologique ; les seconds jugent Maria Callas trop peu connue pour figurer sur un billet. D’autres remarques, plus acides, pointent l’ironie : la BCE, dont les bâtiments sont bardés de baies vitrées où les oiseaux viennent se fracasser, célèbre ces mêmes volatiles sur ses billets.
Certains internautes, plus créatifs, ont déjà sorti leurs propres versions générées par intelligence artificielle, avec Ursula von der Leyen ou Christine Lagarde en vedette. Une manière de rappeler que le billet de banque reste un objet politique.
Un objet culturel et politique, malgré la baisse d’usage
Interrogé dans l’émission Forum, Rui-Long Monico, directeur de création de l’agence Candy Factory et historien de l’art, souligne que l’on « sous-estime la portée culturelle d’un billet de banque ». Selon lui, cet objet familier, « toujours en contact avec le corps, comme les lunettes ou le téléphone », relève presque de l’intime. Chacun se sent concerné quand on annonce un changement.
Le paradoxe est là : l’usage quotidien du billet diminue, mais sa portée symbolique reste immense. « Le billet est devenu un objet culturel, patrimonial et politique, presque une carte de visite pour un pays », conclut Monico. La BCE tranchera en fin d’année, mais les nouveaux billets ne circuleront pas avant 2030.
FAQ : Ce qu’il faut retenir
Les Suisses peuvent-ils vraiment voter ?
Oui. La consultation est ouverte à tous, sans restriction de nationalité. Les Suisses et Suissesses peuvent participer en ligne jusqu’au 21 septembre.
Qui décide en dernier ressort ?
La BCE. Elle tiendra compte des avis du public, mais le choix final lui revient. Il sera annoncé à la fin de l’année.
Quand les nouveaux billets seront-ils en circulation ?
Pas avant 2030. La phase de conception et de production prendra plusieurs années.
Photo : rts.ch