Asile: la Suisse appelle à renforcer la Convention de Genève pour ses 75 ans
À l'occasion du 75e anniversaire de la Convention relative au statut des réfugiés, le secrétaire d'État aux migrations, Vincenzo Mascioli, a lancé un appel solennel depuis Genève pour adapter les législations nationales et recentrer l'asile sur ceux qui en ont véritablement besoin. Une position libérale qui défend le droit d'asile tout en exigeant son application rigoureuse.
Un discours au Palais des Nations
« Nous devons tous nous sentir obligés d'appliquer le droit d'asile et de protéger cette convention », a déclaré M. Mascioli lors d'une cérémonie à l'ONU à Genève, là où l'accord avait été approuvé en 1951. Ce texte, arraché après les crimes de la Seconde Guerre mondiale, « doit être réancré en permanence dans nos sociétés », a-t-il ajouté aux côtés du haut-commissaire de l'ONU aux réfugiés, Barham Saleh.
Pour le secrétaire d'État, il est impératif d'adapter les législations pour se concentrer davantage sur les personnes persécutées et tenter de diminuer le nombre de demandes d'asile injustifiées. Une approche pragmatique qui reflète la tradition helvétique de gestion rigoureuse des flux migratoires.
Un soutien populaire stable
Une majorité des populations soutient toujours le principe de l'asile. Selon un sondage récent mené dans des dizaines de pays, environ deux tiers des personnes interrogées défendent ce principe, un chiffre stable. En Suisse, il y a deux ans, près de 70% des citoyens se disaient favorables à l'asile, selon une évaluation portant sur plus de 50 États.
« C'est un jour important », a affirmé M. Saleh devant la presse. « Cette convention a fonctionné pour l'humanité » et elle reste indispensable face aux défis actuels, a-t-il insisté. L'ancien président irakien, kurde, lui-même réfugié à deux reprises, a entendu parler de cet accord pour la première fois en Iran en 1974 après avoir fui son pays.
Des critiques contre les politiques d'externalisation
Dans un message, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a salué une convention qui a sauvé des millions de personnes. Mais il a aussi déploré une « promesse » désormais « sous pression » alors que le droit d'asile est « trop souvent questionné, restreint ou rejeté ». Il dénonce les politiques qui externalisent les responsabilités, alors que des dispositifs britanniques ou européens ont provoqué des polémiques ces dernières années.
Le haut-commissaire va à son tour se rendre en Syrie la semaine prochaine pour plusieurs jours. « Si la communauté internationale avait œuvré pour empêcher ce conflit », « nous n'aurions peut-être pas eu un mouvement de millions de Syriens » dans la région, dit-il. Et d'ajouter que des millions d'entre eux, en plus de ceux déjà rentrés, souhaitent retourner dans leur pays. « Mais ils doivent être aidés » par le rétablissement d'infrastructures, selon le haut-commissaire.
L'initiative « la promesse »
Parmi les 75 personnalités ayant lancé mardi l'initiative « la promesse » pour réaffirmer le droit des persécutés à chercher sécurité dans d'autres pays figurent la cantatrice américano-suisse Barbara Hendricks, M. Saleh, des Prix Nobel de la paix comme Nadia Murad et Denis Mukwege, des actrices comme Cate Blanchett ou Angelina Jolie, des sportifs ou encore des scientifiques.
Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a été largement affecté par les coupes américaines et d'autres pays l'année dernière. Environ 5000 postes ont été supprimés au siège de Genève et dans le monde. Ces coupes financières « ont eu un impact énorme sur notre capacité » à aider les réfugiés mais « nous continuons notre travail », a reconnu M. Saleh.
Après des indications selon lesquelles les États-Unis auraient été tentés de retirer tout lien avec l'agence onusienne avant de renoncer, il se borne à souhaiter que la collaboration se poursuive. Le dialogue avec Washington continue, affirme-t-il.
Plus de 41 millions de personnes sont réfugiées dans le monde en raison de persécutions ou de conflits. La plupart se trouvent dans un État voisin et dans les pays du Sud.
FAQ
Quel est l'objectif de l'appel suisse pour la Convention de Genève?
L'appel vise à adapter les législations nationales pour se concentrer davantage sur les personnes ayant réellement besoin de protection et à réduire les demandes d'asile injustifiées, tout en réaffirmant l'importance de la convention.
Qui a lancé l'initiative « la promesse »?
75 personnalités, dont la cantatrice américano-suisse Barbara Hendricks, le haut-commissaire Barham Saleh, des Prix Nobel de la paix comme Nadia Murad et Denis Mukwege, et des actrices comme Cate Blanchett ou Angelina Jolie.
Quel est l'impact des coupes budgétaires américaines sur le HCR?
Environ 5000 postes ont été supprimés au siège de Genève et dans le monde, affectant la capacité de l'agence à aider les réfugiés, mais le dialogue avec Washington se poursuit.