Daniel de Roulet publie «Trois garçons», un roman qui retrace près de 80 ans d'histoire suise à travers le destin de trois amis nés à Davos en 1943. L'écrivain y défend une histoire du pays racontée «par en bas», attentive aux mouvements sociaux que le récit officiel relègue aux marges.
Le livre, présenté en octobre dans l'émission Quartier livre de la RTS, suit trois trajectoires: Max, fils d'un hôtelier francophone, Fabio, enfant d'une famille italienne modeste, et Wolfgang, issu de la Suisse alémanique. Trois garçons, trois langues, une même aspiration à changer le monde. Leur amitié traverse les mobilisations de l'après-guerre, les luttes féministes, l'opposition au nucléaire, l'altermondialisme et les combats écologistes récents.
Raconter ce qui a été «mis sous le boisseau»
C'est précisément l'angle choisi par l'auteur. «Ce qui a été mis sous le boisseau, c'est cela que je vais raconter», a expliqué Daniel de Roulet dans l'émission Quartier livre, sur rts.ch, le 11 octobre. Son roman revient sur l'affaire des fiches, les manifestations contre le Forum économique mondial (WEF) et les débats autour des fonds en déshérence.
«La Suisse, ce n'est pas simplement l'extractivisme des grosses compagnies de Genève. Ce n'est pas que des banques», affirme-t-il. Une pique qui résume sa méthode: chercher la Suisse des oubliés de la prospérité, celle des mouvements sociaux et des populations qui n'en ont pas toujours profité.
Davos, microcosme helvétique
La station grisonne occupe une place centrale dans le récit. «On ne peut pas mieux raconter la Suisse qu'en la réduisant à ce microcosme qu'est Davos», estime l'écrivain. Station touristique devenue capitale mondiale de la gouvernance économique avec le WEF, elle a aussi servi de décor au chef-d'œuvre de Thomas Mann, «La Montagne magique», à la veille de la Première Guerre mondiale. Pour Daniel de Roulet, la ville concentre les tensions et les contradictions du pays.
Ce choix n'a rien d'anodin. Le WEF, c'est le symbole du capitalisme global que contestent précisément les trois protagonistes, du haut de leurs idéaux anticapitalistes nourris depuis les années 1960.
Les cycles de la contestation
Structuré autour de cinq saisons, le roman met en scène les cycles de la révolte, alternant périodes de recul et renouveaux. Le dernier «printemps» évoque les mobilisations climatiques récentes et l'occupation de la colline du Mormont, dans le canton de Vaud. Daniel de Roulet y voit la preuve d'une vitalité persistante de l'engagement citoyen. La presse romande l'a souligné: 24 heures relève que l'auteur raconte «trois vies de révolte» à travers plusieurs décennies d'histoire suisse, tandis que Le Temps lit le roman comme un panorama des luttes sociales et politiques en Suisse depuis la fin de la guerre, avec des retours didactiques sur l'histoire du pays.
Cette lecture cyclique n'est pas seulement littéraire. Elle dit quelque chose de la démocratie helvétique: la contestation n'y est jamais un accident, mais un mécanisme de correction. Dans un pays où le peuple garde le dernier mot, la rue précède souvent l'urne.
La révolte comme héritage
Le livre aborde aussi l'évolution du rapport des hommes au féminisme, de l'éducation très genrée des années 1950 jusqu'aux débats contemporains sur le genre, en passant par le partage des tâches et #MeToo. Une manière de raconter les mutations politiques, sociales et culturelles de la Suisse.
«On ne peut pas comprendre ce qui nous arrive sans voir ce qui est arrivé aux autres ou ce qui nous est arrivé à nous», résume Daniel de Roulet. Le fil conducteur du roman tient dans cette réflexion sur la mémoire, la transmission et cette «révolte permanente» qu'il estime constitutive de l'histoire suisse. La Liberté va jusqu'à intituler son entretien «En Suisse, la révolte est une condition nécessaire pour ne pas crever», une formule qui donne le ton du personnage.
Pour un lecteur attaché aux libertés individuelles et à la démocratie directe, ce roman rappelle une évidence: le consensus helvétique ne vaut que s'il reste disputé. L'histoire de la Suisse ne se réduit ni à ses banques ni à ses glaciers; elle se joue aussi dans ses conflits, ses grèves et ses occupations. C'est cette part-là que Daniel de Roulet arrache à l'oubli.
Questions fréquentes
De quoi parle le roman «Trois garçons» de Daniel de Roulet?
Le roman suit trois amis nés à Davos en 1943, aux profils linguistiques différents, dont les trajectoires traversent près de 80 ans de luttes sociales et de contestation en Suisse, des mobilisations de l'après-guerre jusqu'aux mouvements climatiques récents.
Pourquoi Davos occupe-t-il une place centrale dans le livre?
L'auteur considère Davos comme un microcosme de la Suisse: station touristique devenue le siège du Forum économique mondial, la ville concentre selon lui les tensions et contradictions du pays.
Quels épisodes de l'histoire suisse le roman évoque-t-il?
Il revient notamment sur l'affaire des fiches, les manifestations contre le WEF, les débats autour des fonds en déshérence et l'occupation de la colline du Mormont dans le canton de Vaud.
